jeudi, mars 22, 2007

L’âme selon l’approche de Platon III

III. La République

Dans La République, Platon exhorte le philosophe à ne pas se confiner dans un isolement méprisant, mais à participer à la vie de la cité et à son gouvernement. Il dresse un parallèle entre l’âme de l’individu et l’harmonie de l’Etat. La vie de l’Etat représente, en gros caractères, ce qui est en petits caractères dans l’âme de chacun des individus qui le composent : « Comme si l’on enjoignait à des gens dont la vue n’est pas perçante, de lire à longue distance de petites lettres ; et que l’un de ces gens s’avisât par la suite que ces mêmes lettres existent peut-être aussi ailleurs, en plus grand, sur une plus grande surface »( 368 d ).

D’autre part, Platon décrit la partition de l’Etat en trois classes : pour que la justice règne il doit exister entre la classe des penseurs et celle des travailleurs et des productifs, une classe de guerriers, qui sont dirigés par les premiers et qui obéissent aux derniers. Cette classe de guerriers est le pôle stabilisateur de la société.

L’âme étant un intermédiaire entre le sensible (par son union au corps) et l’intelligible, elle doit posséder, dans cette action de liaison, une dimension tripartite.

« La soif est en corrélation avec le breuvage. Mais tandis qu’un breuvage d’une certaine qualité est corrélative d’une certaine qualité de soif, la soif elle-même ne l’est ni d’un breuvage peu abondant, ni bon, ni mauvais, en un mot non d’un breuvage avec qualification, mais d’un breuvage tout court. Ainsi donc l’âme de celui qui a soif ne souhaite rien d’autre que de boire, c’est ce qu’elle désire, c’est à cela qu’elle tend. Donc, si parfois quelque chose tire en sens contraire cette âme assoiffée, ne doit-il pas y avoir en elle quelque chose qui se distingue du seul fait d’être assoiffée, de ce qui la mène, telle une bête vers l’acte de boire ?

Ceci posé, nous faut-il assurer qu’il y a des gens qui ont soif et qui refusent à boire ? Qu’assurerait-on de ces gens-là ? Ne serait-ce pas ceci : tandis qu’au-dedans de leur âme il y a ce qui les incite à boire, au-dedans de celle-ci il y a ce qui les en détourne, principe distinct de celui qui incite et l’emporte sur lui. Et maintenant, est-ce que dans les cas de ce genre, ce qui détourne n’apparaît pas en conséquence d’un calcul raisonné ?

Il ne serait donc pas déraisonnable à nous, de juger qu’il y a là deux fonctions et qu’elles se distinguent l’une de l’autre, donnant le nom de raisonnante à cette fonction de l’âme par laquelle elle fait un calcul raisonné, et à la fonction en vertu de laquelle elle aime, a faim, a soif, éprouve des transports relativement à ses autres désirs, le nom d’irraisonnée et de désirante, compagne de certains assouvissements et jouissances. Donc l’existence, à l’intérieur de l’âme de ces deux espèces de fonctions est pour nous chose établie.

La question est maintenant de savoir si celle de l’ardeur des sentiments, celle en vertu de laquelle nous brûlons d’une généreuse ardeur, est une troisième fonction…Ne nous apercevons-nous pas, en mainte occasion, qu’un homme poussé par la violence de ses désirs à agir contre la raison qui calcule, s’injurie lui-même et s’emporte contre ce qu’il y a en lui-même dont il subit la violence ; et que, comme il s’agissait d’une lutte entre deux partis, la raison trouve un allié dans l’ardeur des sentiments qui animent un tel homme ?

L’ardeur des sentiments, dans le cas de dissension dans l’âme, prend les armes pour soutenir le parti de la raison. Elle est un troisième terme, un auxiliaire naturel pour la fonction raisonnante, celle qui calcule au sujet du meilleur et du pire. En sorte que dans l’âme, il y aurait, comme dans l’Etat qui se compose , lui, de trois classes : celle des gens qui font des profits, celle des auxiliaires, celle qui délibère, un troisième terme, l’ardeur du sentiment.

Dès lors, cette partie de l’âme est celle qui vaut à tel ou tel individu d’être appelé courageux, lorsque l’ardeur impétueuse qui est en lui sauvegarde, au travers des peines comme des plaisirs, les prescriptions qui viennent de la raison sur ce qui est à craindre ou ne l’est pas. Quant au nom de sage, en vérité, il lui vient de cette petite partie en lui, celle qui commandait en lui, qui édictait ces prescriptions, possédant un savoir de ce qui est profitable, tant pour chaque partie que pour la communauté entière qu’elles constituent à elles trois. Le nom de tempérant, ne le doit-il pas à l’amitié et au concert qui existe entre ces parties elles-mêmes lorsque celle qui commande et les deux qui sont commandées ont en commun la conviction que c’est la raison qui doit commander ? La tempérance, en tout cas, n’est pas autre chose que cela, tant celle de l’Etat que celle du simple particulier. » ( La République, IV, 435 à 444 )

Platon montre ici son souci de dépasser la stricte dualité âme-corps et aborde la dimension psychologique du fonctionnement humain. Au lieu de se limiter à l’union de l’âme à un corps totalement étranger, il imagine qu’il puisse exister, à l’intérieur de l’âme, une fonction qui joue le rôle, vis à vis d’elle, identique à celui du corps à l’égard de l’âme. S’il arrive à l’homme qu’il résiste à une tendance ou qu’il la combat parce que le résultat n’est pas désirable, c’est qu’une autre fonction entre en ligne de compte. Cette faculté apparaît comme « un calcul raisonné » et elle s’oppose à la pulsion incontrôlée. Il ne s’agit pas d’un conflit, mais d’une médiation de la partie la plus accomplie de l’âme, façonnée par l’éducation. La traduction est un conflit intérieur, une mauvaise conscience qui va s’harmoniser grâce à la fonction délibérative, médiatrice de l’âme. Sa victoire se traduira par une action réfléchie, que l’on pourra qualifier de courage, de tempérance, de sagesse, de justice. La quête et la pratique d’une vertu acquise est la condition qui développe cette troisième fonction de l’âme. L’intérêt de cette approche platonicienne, c’est qu’elle qualifie grandement la démarche qui nous concerne dans la pratique de l’Art Royal. Notre âme touche à deux mondes, dont l’un, celui d’en-bas n’était pas maîtrisé par l’autre, l’intelligible, qui a du mal à se rabaisser vers l’inférieur. L’élément supérieur a donc besoin d’un « auxiliaire » qui l’épaule dans la lutte, d’un élément modérateur, harmonisateur. C’est ce que nous procure la réflexion écossaise, à travers les traditions, la philosophie, les initiations comme épure de la connaissance de soi, du monde, et du dieu. Platon nous apprend que l’âme ne peut s’isoler dans ses vertus intellectives, elle participe du sensible sans s’y soumettre. Elle doit intégrer le sensible en lui donnant la part qui lui convient.

dimanche, mars 11, 2007

L’âme selon l’approche de Platon II

II. Phédon
Dans le Phédon, Platon précise son analyse : Socrate, serein devant la mort décrit à ses amis effondrés le chemin spirituel qu’il va emprunter.

« Pour ce qui est de mon espoir de m’en aller tout à l’heure auprès d’hommes qui soient bons, cet espoir-là, à toute force, je ne le défendrais pas. Que je doive, en revanche, arriver auprès de dieux qui sont des maîtres absolument bons, eh oui ! je défendrais cet espoir-là. Il y a là par conséquent une raison pour moi de ne pas concevoir contre la mort la même irritation, et j’ai tout au contraire bon espoir que pour les défunts il y a quelque chose, et que ce quelque chose, ainsi du reste que le dit une tradition qui remonte loin, est de beaucoup meilleur pour les bons que pour les méchants…..Ne jugeons-nous pas que la mort est quelque chose ? Est-ce que ce n’est rien d’autre que la séparation de l’âme avec le corps ?. Penses-tu que ce soit le propre du philosophe de se préoccuper de ce qu’on appelle les plaisirs, des soins du corps, de l’amour ? De façon générale, ton avis est que les préoccupations d’un tel homme n’ont pas le corps pour objet, mais que, au contraire, elles s’en écartent pour autant qu’il le peut, et qu’elles se tournent vers l’âme ?….

Bref, la tempérance, la justice, le courage, accompagnés de la pensée, elle-même le moyen d’une purification ! Ils risquent fort de n’être pas des gens méprisables, ceux qui, chez nous ont institué les initiations, mais bien plutôt des grands hommes, de nous donner à mots couverts, de longue date, cet enseignement : quiconque arrivera chez Hadès sans avoir été initié ni purifié, aura sa place dans le Bourbier, tandis que celui qui aura été purifié et initié, celui-là, une fois arrivé là-bas, aura résidence auprès des dieux. » (Phédon 63,64,69)

Socrate montre sa sérénité en face de la mort, sérénité qui repose sur la confiance et l’espoir. La maîtrise du corps permet à l’âme de se retrouver en elle-même et d’assurer son devenir sinon son immortalité, dans une démarche plutôt religieuse qui se rapproche du salut. La philosophie donnant à l’homme la faculté de se détacher du corps, donc de favoriser l’âme, en assurant dans l’au-delà sa place dans le divin. Socrate croit à l’existence d’une « roue des générations » : si la mort fait suite à la vie, la vie fait suite à la mort, ce cycle rappelle à la vie ce qui était mort. « Les âmes reviennent et elles naissent à partir de ceux qui sont morts ». Il s’agit là d’une réminiscence de la tradition orphique. Le raisonnement de Socrate conduit à une notion cosmique de l’âme : si l’âme n’était pas immortelle, si la « roue des générations cessait de tourner, revivre ne compense plus mourir, le processus devenu rectiligne, ne comporterait plus de retour. La mort de l’âme serait la mort de toutes choses. Il en découle que l’âme n’a pas seulement une dimension individuelle, elle est une manifestation réduite d’une âme universelle avec laquelle elle est liée. Ainsi la Nature a un devenir sans fin, selon la loi de l’alternance des naissances et des morts. On peut parler d’une Ame du monde que Platon fait intervenir pour étayer sa croyance à la survie de l’âme humaine.

Puis Socrate essaie de faire la distinction entre les objets des sens et les objets de la pensée :
« L’Egal en soi, le Beau en soi, la réalité de chaque chose, se peut-il que cela soit susceptible de changement, et même du moindre changement ? Ce qu’est chacune de ces choses, l’unicité en soi et par soi de son être, cela garde-t-il toujours identiquement les mêmes rapports et admet-il jamais nulle part, d’aucune façon aucune altération ?

Cela, c’est forcé, Socrate, garde toujours les mêmes rapports, dit Cebès.
Mais qu’en est-il de la multiplicité des choses belles, hommes par exemple, ou chevaux ou vêtements, ou quoi que ce soit d’autre du même genre, et qui est soit égal, soit beau, bref portant toujours la même dénomination que les réalités dont il s’agit ? Est-ce que celles-là gardent les mêmes rapports ? ou bien, tout au contraire de ce qui a lieu pour les autres, ne gardent-elles, pour ainsi dire jamais, les mêmes rapports, ni chacune par rapport à elle-même, ni les unes par rapport aux autres ?
Elles ne se comportent jamais identiquement, dit Cebès.

Mais tandis que celles-ci, tu peux les toucher, tu peux les voir, tu peux en avoir la sensation par tes autres sens, les autres, celles qui gardent les mêmes rapports, il ne t’est pas possible de les appréhender autrement que par l’exercice réfléchi de la pensée, les objets de ce genre étant au contraire invisibles et n’étant pas atteints par un acte de la vision ?

Ton langage est d’une parfaite vérité !

Admettons donc veux-tu, reprit Socrate, qu’il existe deux espèces d’êtres, d’une part l’espèce visible, d’autre part l’espèce invisible. Et que l’espèce invisible, gardant toujours les mêmes rapports, l’espèce visible ne garde jamais les mêmes rapports.

Poursuivons donc. N’est-il pas vrai que, en nous-mêmes, il y a deux choses qui sont l’une, corps, l’autre, âme ? Mais à laquelle des deux espèces pouvons-nous dire que le corps est le plus ressemblant et le plus étroitement apparenté ?

Il est clair que c’est à l’espèce visible, dit Cebès.

Donc l’âme a plus de ressemblance que le corps avec l’espèce invisible et celui-ci en a davantage avec l’espèce visible. Mais voici quelque chose que nous disions il n’y a pas bien longtemps : l’âme, quand elle a recours au corps pour l’examen de quelque question, au moyen soit de la vue, soit de l’ouïe, soit de quelque autre sens ( car c’est faire l’examen d’une question au moyen du corps que de le faire au moyen des sensations ), l’âme, dis-je, n’est-elle pas traînée par le corps dans la direction de ce qui ne garde jamais les mêmes rapports ? n’est-elle pas elle-même divagante, troublée, en proie au vertige et à une sorte d’ivresse, et cela parce qu’elle est en contact avec des choses analogues ? Quand d’autre part c’est en elle-même et par elle-même qu’elle fait cet examen, alors n’est-ce pas là-bas qu’elle s’élance, vers le pur, le toujours existant, l’impérissable, ce qui est toujours pareil à soi-même ? n’en finit-elle pas alors de sa divagation, et au voisinage des objets dont il s’agit, ne garde-t-elle pas toujours identiquement les mêmes rapports, en tant qu’elle est en contact avec des choses de cet ordre ? n’est-ce pas enfin à cet état de l’âme qu’on a donné le nom de « pensée » ?…..

Lorsque sont unis ensemble âme et corps, à l’un la nature prescrit d’être esclave et soumis à une autorité, à l’autre d’exercer l’autorité et d’avoir la maîtrise ; cette fois, sous ce rapport, est-ce, à ton avis à ce qui est divin que ressemble l’âme ? est-ce à ce qui est mortel ?

C’est trop clair, Socrate, l’âme ressemble à ce qui est divin, le corps à ce qui est mortel !
Dès lors, poursuivit Socrate, ce qui ressemble le plus à ce qui est divin, impérissable, intelligible, qui possède l’unicité de la forme, qui est indissoluble, qui toujours garde, identiquement avec soi les mêmes rapports, c’est l’âme. Ce qui, d’autre part, ressemble le plus à ce qui est humain, mortel, non intelligible, qui a multiplicité de la forme, qui est sujet à dissolution, qui ne garde jamais avec soi les mêmes rapports, c’est à son tour, le corps. » (Phédon, 79, 80)

Platon oppose l’âme, invisible, au contact de l’intelligible, donc des Idées et obligée d’accompagner les manifestations des Idées. L’âme est ainsi intermédiaire entre le sensible et l’intelligible. Mais elle est emprisonnée dans le corps qui la pervertit dans la doxa et dans l’éphémère. On comprend que l’âme peut influer sur le sensible et le rendre perméable à l’invariant, à l’idéal, à la pureté de la création, du divin. Tout en permettant la continuité du sensible. Platon aborde l’immortalité de l’âme dans une direction différente de la réminiscence, dans un raisonnement où l’intelligible domine le sensible. Au contact du corps, elle connaît désirs, craintes, plaisirs et peines qui l’éloignent de sa destination spirituelle. Il s’agit donc pour elle de se purifier de ce qui est en elle une souillure, d’attendre la séparation de la mort qui la libérera et lui fera espérer une existence future désincarnée. Les réflexions de Socrate sur lui-même et la destinée de son âme alors qu’il se prépare à recevoir la ciguë, sont illustrées par un mythe eschatologique qui ne s’inscrit pas dans ce propos.

lundi, mars 05, 2007

L’âme selon l’approche de Platon

Platon, naît en 429, alors que les Présocratiques ont développé dans le siècle précédent, une approche physique du monde, dans la recherche et la définition d’un principe unificateur, ouvrant l’ère post hésiodique de la théogonie. Son mode de pensée s’oppose à la tradition de la physique présocratique. Ou tout au moins, il veut maintenir la physique à sa place, mais subordonnée à la conception que le penseur se fera de l’âme et de la divinité.

I. Le Gorgias

Platon met en place sa théorie de l’âme dans le Gorgias et lui donne une assise religieuse. Calliclès prétend que les plaisirs, les passions, doivent être conduites à la plénitude de l’assouvissement si l’on veut être ce qu’il faut être. Socrate conteste cette insatiabilité :
« Mais la vie, au moins comme tu la conçois, est vraiment terrible ; car ce ne serait point alors une surprise pour moi qu’Euripide eût dit vrai dans les vers que voici : qui sait si vivre ce n’est pas mourir, et si, d’un autre côté, mourir ce n’est pas vivre ? C’est ce que j’ai entendu soutenir par un des Sages : à cette heure, disait-il, nous sommes morts, notre corps, sôma, est notre sépulcre, séma et cette partie de l’âme où sont les désirs est précisément de nature à se laisser séduire. C’est ce dont un homme ingénieux, un Sicilien ou bien un Italique ( c.a.d. un Pythagoricien orphique ) a fait une fable, en appelant « tonneau » cette partie de l’âme à cause de sa disposition à se laisser persuader, de sa crédulité, et les gens déraisonnables, incapables de garder un secret et « tonneau troué » cette partie de leur âme à laquelle appartiennent les désirs dont l’insatiabilité correspond à ce qu’il y a de disloqué dans le tonneau et son incapacité à ne pas laisser fuir ce qu’on y met.…tu es un heureux homme, Calliclès, d’avoir été initié aux Grands Mystères avant de l’être aux Petits ! je ne croyais pas que ce fût chose permise. » ( en effet les Petits Mystères se célébraient en février à Athènes et constituaient une initiation préparatoire, sans laquelle on ne pouvait prendre part aux Grands Mystères qui se célébraient à Eleusis en septembre.) Gorgias, 493 a, b, 494 c, d.

L’âme est prisonnière du corps (sôma) qui est son sépulcre (séma). Elle est ici bas pour y expier les fautes de sa vie antérieure. Son espérance est de s’en aller vers le séjour des dieux et des justes et la rectitude de son comportement, l’observation de règles de continence, sont identiques à l’initiation, à condition de garder le secret, de conserver les enseignements afin de subsister après la mort.

lundi, février 26, 2007

L’Initiation hermétique : C.H. XIII

Le XIII est un logos d’enseignement, exemple unique dans la littérature hermétique. Le disciple Tat demande un supplément de lumière. Hermès a différé cette instruction car il estimait que Tat n’était pas prêt. Mais maintenant, il a « fortifié son esprit contre l’illusion du monde » : l’heure est venue de la transmission du mystère. C’est une initiation, la révélation d’une doctrine secrète qu’il est interdit de révéler aux profanes.

Tat commence par rappeler la promesse faite par Hermès de lui révéler, de lui transmettre la doctrine de la régénération ( le Logos de la palingénésie) quand il se serait rendu étranger au monde. Ce noviciat est achevé, Tat se sent prêt à recevoir ce qui fera de lui un initié parfait.
La palingénésie est une nouvelle naissance qui implique une mère, une matrice, un père, et une semence.

La matrice est «la sagesse intelligente dans le silence », c’est à dire la disposition nouvelle du novice.

La semence est le «vrai Bien ».

Celui qui ensemence, le Père, est le vouloir de Dieu. Une grâce, cette divine descendance n’est pas l’objet d’enseignement, mais aboutissement de prières. « Prier pour comprendre ».
L’initiateur, est Hermès.

L’engendré n’aura rien de commun avec l’homme ancien, mais sera dieu, fils de dieu « le Tout dans le Tout, composé de toutes les Puissances ».

« Cette génération ne peut s’enseigner, mon enfant , mais quand il lui plaît, dieu lui-même en donne le ressouvenir ». Et Hermès explique, en revenant au premier traité. Dans le Poimandrès, le corps humain était composé des quatre éléments, et à ce titre, il était mauvais. De plus, il était composé de substances astrales, du fait qu’il était le Premier Homme céleste. On se souvient qu’il avait reçu quelque chose des sept planètes à mesure qu’il avait traversé leurs cercles dans sa descente jusqu’à la terre

Des mauvaises puissances astrales au Logos : la doctrine

Dans le traité XIII, on ne parle plus des quatre éléments, mais des substances astrales, au nombre de douze parce qu'elles ont été empruntées aux douze signes du zodiaque. Or cette substance zodiacale est matérielle, mauvaise. Les 12 éléments zodiacaux qui constituent le corps, sont donc autant de supplices pour l’âme car chacun d’eux apporte un vice moral : l’ignorance, l’incontinence, la concupiscence, l’injustice, la tromperie, la colère etc.. Les 12 puissances mauvaises vont être remplacées par dix Puissances bonnes, Puissances de Dieu : la connaissance, la force d’âme, la justice, la véracité, le bien,, la vie, la lumière. Ces dix puissances chassent les vices de l’homme ancien et produisent la rénovation en constituant le « Logos », le Verbe en lui.

L’initiation : de la Dodécade à la Décade

Après l’exposé de la doctrine, voilà le moment fondamental de l’initiation :
Hermès invite le novice à se taire : « ainsi, par ce silence, tu ne feras pas obstacle à la miséricorde qui descend sur nous de la part de Dieu ». Puis l’exclamation d’Hermès : « réjouis-toi désormais, tu es purifié et rénové par les puissances de dieu pour la construction en toi du Verbe. ». « La venue de la Décade a constitué la génération spirituelle en expulsant la Dodécade et nous avons été divinisés par la Naissance, naissance par excellence, naissance selon dieu ». La Décade est génératrice de l’âme. Vie et Lumière sont unies, alors est né le nombre de l’Unité, de l’Esprit. Puissances=Décade=Unité=Esprit (= Vie et Lumière ).

Voici l’allégresse de Tat. Il ne voit plus avec les yeux du corps mais par l’activité spirituelle des Puissances. Il est présent partout, dans tous les éléments, dans tous les êtres de la création, dans toute la durée. « Père, je vois le Tout et je me vois moi-même dans l’Intellect ». « C’est là précisément la régénération, mon enfant : ne plus former ses représentations sous la figure du corps à trois dimensions ».

Le secret.

Hermès prescrit de garder le silence sur le mystère.
Initiation définitive : sortie du corps par la mort ou l’extase : mystique.
Tat interrompt la manifestation de son enthousiasme pour poser une question d’école : « ce corps composé de puissances se dissout-il un jour ? » « Silence ! Ne dis pas des choses impossibles car ce serait un péché et l’œil de ton intellect serait souillé ! ».

Et il formule une demande qui n’est pas habituelle pour un initié : « je voudrais, Père, l’eulogie en forme d’hymne que tu m’as dit que j’entendrais de la bouche des Puissances une fois arrivé à l’Ogdoade, selon l’oracle de Poimandrès ». C’est un rappel : selon le Traité C.H. I 26, l’homme spirituel, parvenu au 8ème Ciel doit entendre chanter les Puissances. Hermès a donc promis à Tat qu’il entendrait cet hymne lorsqu’il serait arrivé à l’ogdoade ou huitième ciel. Le désir de Tat, est de sortir du corps par la mort ou par une extase semblable à la mort. Ce qui devient raisonnable puisqu’il a été purifié et rénové.

Mais cet hymne n’est pas l’objet d’enseignement, il doit être tenu secret. Il ne s’agit pas d’une liturgie car il ne s’agit pas d’une religion mais d’un mystère, l’hymne n’est livré qu’à de rares élus lors de l’initiation.

Hermès ne le possède pas mais compose lui-même un hymne des Puissances : c’est une manifestation pneumatique de la part d’Hermès : il va laisser chanter dieu en lui. C’est également une illumination, un photisme qui retombera sur l’initié. Avant de commencer l’hymne, indication rituelle sur la manière de prier : « Adore debout sous le ciel ouvert, face au sud quand le soleil se couche, à l’est quand il se lève. ».
L’Hymne : transmission initiatique.

— La première partie laisse chanter les Puissances. Toutes d’abord, puis chacune en particulier. « ma justice, chante le Juste par moi, chante vérité la Vérité, chante le bien toi le Bien etc.. Vie et lumière, c’est de vous que vient l’eulogie et c’est à vous qu’elle retourne ». « je te rends grâces Père, énergie des puissances, je te rends grâces, dieu, puissance de mes énergies. Ton Verbe par moi te loue, par moi, Tout, reçois en parole le sacrifice immatériel. Voilà ce que clament les Puissances qui sont en moi, elles chantent le Tout, elles accomplissent ton vouloir ».

— La deuxième partie est une reconnaissance de la volonté de dieu : dieu est entré dans l’homme, le chant de l’homme vient de Dieu et retourne à dieu. L’Esprit a rempli l’homme et s’est manifesté dans l’homme.

mercredi, février 21, 2007

C.H.VII de l'agnosia à la gnose

C.H. VII : Que le plus grand des maux parmi les hommes,
c’est l’ignorance (Agnosia) touchant Dieu
Conversion de l’agnosia à la gnose

Vision pessimiste qui repose sur l’opposition âme-corps : « le mal de l’ignorance inonde toute la terre, il corrompt l’âme emprisonnée dans le corps, sans lui permettre de jeter l’ancre au port du salut. Ne vous laissez pas entraîner par la violence du flot mais abordez au port du salut (allusion au Nil)et cherchez-vous un guide qui vous montre la route jusqu’aux portes de la connaissance, là où luit la lumière brillante, libre de toute obscurité….élevant le regard vers Celui qui veut être vu. Car il ne se laisse ni entendre ni décrire et il n’est pas visible aux yeux du corps mais seulement à l’intellect et au cœur. Mais d’abord il te faut déchirer la tunique qui te revêt, le tissu de l’ignorance, le support de la malice, la chaîne de la corruption, la geôle ténébreuse, la mort vivante, le cadavre sensible, le tombeau que tu emportes avec toi, le voleur qui habite ta maison. Tel est l’ennemi que tu as revêtu comme une tunique, qui t’étrangle et t’entraînes en bas vers lui, de peur que, ayant jeté les yeux en haut et contemplé la vérité et le bien qui réside en elle, tu ne viennes à haïr la malice de l’ennemi et ayant compris toutes les embûches qu’il a dressées contre toi en rendant insensible les organes des sens, afin que tu n’aies ni oreille pour les choses qu’il te faut entendre ni regard pour les choses qu’il te faut voir »

Ce traité est empreint de judaïsme, d’influence grecque (héraut, ivresse sobriété, port, guide, apparitions. Certains traits rappellent les voyages des pèlerins sur le Nil (le courant est fort) pour aborder au Temple par la berge.

Les portes de la gnose symbolisent la connaissance ou la sagesse habitant dans un palais ou dans un Temple.

lundi, février 19, 2007

Analyse de Personnalité: François Bayrou

François Bayrou (25.5.1951)

Votre nombre d'expression, le 5, synthèse de votre prénom et de votre nom, détermine votre nature cérébrale et nerveuse, votre dynamisme et votre capacité à échanger avec autrui. Vous êtes incontestablement doué du sens de l'adaptation et d'ouverture d'esprit. Vous avez besoin de mobilité et d'indépendance et vous refusez tout cloisonnement (vous évader, voyager, changer... Autant de comportements aussi importants pour vous que boire et respirer!) À surveiller: Votre caractère versatile et vos sautes d'humeur fréquentes... Bref: Sachez profiter au mieux de votre charme et de vos talents de persuasion en surveillant votre tendance aux promesses faciles, au mensonge, à l'impulsivité, à l'instabilité et vous serez un homme comblé et équilibré!

Votre prénom, François, caractérisé par le chiffre 4, révèle une incroyable puissance de travail. Vos qualités d'organisation ainsi que votre sens de l'ordre font malheureusement des jaloux... On vous trouve, injustement, carré et à cheval sur les principes.

Le nom dont vous avez hérité, Bayrou, caractérisé quant à lui par le chiffre 1, révèle une attitude ferme et volontaire. Il y a en vous un réel besoin de vous affirmer.

Votre nombre intime, le 6, issu des voyelles de votre prénom et de votre nom, renseigne sur la personnalité vécue de l'«intérieur», sur vos aspirations, vos motivations... Dans votre cas, vous aspirez clairement à l'équilibre et à l'harmonie. Vous avez un profond besoin de racines, et vous avez le sens des valeurs familiales. Chez vous, les sentiments prédominent et motivent l'action. Vous avez le sens de la responsabilité et du service, et êtes doué de goût pour l'art et pour la beauté en général. L'union, le mariage ou le foyer sont nécessaires à votre vie et vous vous investissez beaucoup pour vos proches. L'aspect prédominant de votre caractère est la recherche de la sécurité affective ainsi que la responsabilité familiale.

Issu des consonnes de votre prénom et de votre nom, votre nombre de réalisation, le 8 révèle vos talents sur un plan matériel et/ou professionnel. Chez vous, il révèle le sens de l'initiative concrète et pratique. Vous êtes efficace et déterminé sur le terrain et vous êtes doué de bonnes vibrations pour les affaires ou les transactions de toute nature.

Votre nombre psychique, le 25, a déterminé votre nature très sensible et très intuitive. Vous êtes attiré par les grandes questions de la vie et de la mort. Vous portez votre émotivité à fleur de peau et avez un grand talent pour créer, inventer, innover... Vous êtes doué de grande originalité! Un vrai «artiste torturé» en somme. Et si tout cela n'est pas extrêmement bien géré, si vous ne trouvez pas votre terrain d'expression affective, vous risquez le repli sur vous-même, une vie affective fragile ou instable... Affaire à suivre!

C'est dans la communication que vous avancez dans la vie, grâce à vos qualités de sociabilité et à votre extraversion. C'est ce que révèle en tout cas votre nombre d'évolution, le 3. Il confirme aussi votre spontanéité, votre enthousiasme, votre facilité d'expression et votre dynamisme. Vous devez, si cela est encore possible, développer vos moyens d'expression et de créativité dans toutes les formes de communication possibles, sans vous disperser exagérément.

Votre table d'inclusion:
Nombres manquants: 4, 8.
• 4: Un 4 en manque signifie clairement de votre part un refus de cadres et de hiérarchie. Vous ne supportez pas de remplir un rôle purement exécutif et souffrez parfois de manque de concentration, de paresse et de manque d'organisation.

• 8: Manque de 8 ou manque de jugeote à l'égard des choses matérielles et de l'argent? Ce manque de 8 est clairement la cause de votre peur de saisir les opportunités, de votre désintéressement pour l'argent et le pouvoir. Les conséquences du manque de 8 se révèlent parfois très violentes, il convient donc pour vous de rechercher rapidement à vous accomplir en misant sur votre sens de l'équité.

Cycle de vie:
Votre chemin de vie, le 1, issu de votre date de naissance, donne de précieuses indications sur votre destin, de manière plutôt détachée de tout contexte. Le 1 est un chemin qui ne cesse de monter et qui mène très loin. En bref, il s'agit du chemin des meneurs, résolus et endurants. Il explique en grande partie votre enthousiasme et votre volontarisme. Plus vous avancez dans votre chemin et plus toute tendance à la timidité ou à l'indécision tend à disparaître. Les obstacles présents sur votre chemin sont une tendance à l'autoritarisme à l'égard de vos proches, tendance que vous devez absolument maîtriser, tout en vous efforçant d'être un modèle.

Votre cycle de vie, le 7, caractérise notamment vos capacités de réflexion. Vous êtes depuis le 25 mai 2005 dans votre troisième et dernier cycle, le cycle de la moisson, qui se déroule en principe dans un climat assez paisible... Si vous avez toujours rêvé d'écrire un livre, de composer ou de peindre un chef-d’œuvre, c'est le moment! Vos jeunes années ont été assez déprimées en raison de votre analyse un peu trop pertinente d'un monde plutôt affligeant. Plus tard, l'incompatibilité entre vos pulsions et votre intellect vous ont souvent mis en porte-à-faux. Aujourd'hui, vous avez les moyens d'éprouver une plénitude longtemps recherchée, de vous sentir en paix et de profiter de l'existence... Profitez-en bien!

Votre cycle de vie compte au total 4 réalisations majeures. Depuis le 24 mai 2004, vous accomplissez votre 4e et dernière réalisation, et pas des plus désagréables: la période de la communication et de la créativité. Il était temps! Vous qui avez toujours cherché à vous réaliser par vous-même, l'occasion vous est donnée pendant cette période d'en faire profiter les autres... Succès garanti, vous l'avez bien mérité!
Cycles temporels:
En numérologie, il existe 9 années personnelles. Chacune d'entre elles indique la tendance générale de l'année en cours. En ce qui vous concerne, vous êtes en année 3, symbole d'expression et de chance. Si vous pensez vous recycler dans un métier de communication, c'est le moment! Ceci dit, quel que soit votre métier, cette année est propice à l'évolution et à la promotion. Petit conseil: n'hésitez pas à remplir une grille de loterie pendant cette période, la chance pourrait bien tourner de votre côté! Mais pas la peine de passer tous vos week-ends au casino ou de risquer votre fortune, la prudence reste de mise. Côté cœur, si vous avez eu des soucis les années précédentes, c'est le retour de la stabilité affective.

Votre chemin de vie: 1
Comme
• Alain Prost
(24.2.1955)
• Béla Bartók
(25.3.1881)
• Charles Buchinsky
(Charles Bronson, 3.11.1922)
• Charles Trénet
(18.5.1913)
• Edvard Hagerup Grieg
(Edouard Grieg, 15.6.1843)
• George Timothy Clooney
(George Clooney, 6.5.1961)
• Georges Bizet
(25.10.1838)
• Gordon Matthew Sumner
(Sting, 2.10.1951)
• Isaac Newton
(4.1.1643)
• Jacques Chirac
(29.11.1932)
• Jean-Jacques Goldman
(11.10.1951)
• John Joseph Nicholson
(Jack Nicholson, 22.4.1937)
• Joseph Levitch
(Jerry Lewis, 16.3.1926)
• Konrad Adenauer
(5.1.1876)
• Kurt Russel
(17.3.1961)
• Marc-Olivier Fogiel
(5.7.1969)
• Marshall Bruce Mathers
(Eminem, 17.10.1972)
• Michel Polnareff
(3.7.1944)
• Nicolò Paganini
(27.10.1782)
• Rupert Murdoch
(11.3.1931)
• Samuel L. Jackson
(21.12.1948)
• Thomas Connery
(Sean Connery, 25.8.1930)
• Thomas Maphother
(Tom Cruise, 3.7.1962)
• Thomas J. Hanks
(Tom Hanks, 9.7.1956)
• Yann Tiersen
(23.6.1970)
• Yves Saint-Laurent
(1.8.1936)

vendredi, février 16, 2007

Analyse des idées principales

Illumination.

« Par ton vouloir j’ai vu » : l’initié voit parce qu’il a reçu la Lumière. Le thème de la Lumière est récurrent dans l’hymne. La palingénésie est une illumination « Mon Intellect a été illuminé à plein ».

Cette Lumière est connaissance ( gnosis ). Elle est Esprit ( pneuma ). Elle est Aïon (éternité ). Elle est l’être même de Dieu et cet être de Dieu est Esprit.

Si Dieu est dans l’homme, c’est que l’homme a aspiré les puissances de dieu. Cette aspiration peut procéder de la magie ou de la théurgie en phase avec l’époque : c’est parce qu’il aspire une force, un souffle ou un fluide divin que le théurge échange son corps mortel pour un autre corps, immortel et lumineux. Dieu habite le myste comme un souffle qui le vivifie, une force qui le remplit de puissance surnaturelle.

La Lumière est Dieu. Dieu maintenant habite l’homme, est devenu l’œil spirituel de l’homme. Ainsi quand le myste loue Dieu, c’est dieu lui-même qui se loue. L’homme est une sorte de caisse de résonance. « Ton Verbe par moi te loue ».

La Connaissance-Lumière était une force divine dont Hermès avait reçu sa part. Il transmet cette force par le chant de l’hymne à Tat, qui devient apte à manifester cette lumière qui chante en lui. D’où la recommandation finale d’Hermès : « Ayant appris ceci de moi, promets-moi le silence sur la vertu de la révélation. ». Il faut garder le silence sur cette vertu car en la divulguant, en «la jetant en pâture à la foule », on risque de la dissiper. La force doit rester intacte, on la réserve aux seuls élus.

A travers les traditions, il est amplement démontré que l’homme porte en lui, de façon innée, l’archétype religieux. Le désir du profane de répondre à une sollicitation lui permettant de prendre une distance avec le monde matériel s’inscrit dans cette dynamique de rupture.
Le CH XIII apporte illustration d’une quête d’ordre mystique, du désir de rencontrer la Puissance divine par une voie non religieuse.

Nous ne sommes pas dans la voie d’une amélioration morale comme le sage stoïcien guidé par le Logos ou le sage du Timée qui harmonise ses idées avec l’ordre de l’univers ; ou encore le sage du Théétète qui s’identifie à dieu par une vie juste et pieuse que lui suggère son entendement. Dans la morale classique, la vertu est chose acquise, une manière d’être entretenue par l’habitude d’un continuel exercice. Notion courante chez les Stoïciens. Il n’est pas de morale sans éducation ou culture. Même une morale foncièrement religieuse comme celle des Pythagoriciens comporte des degrés dans la vertu, établit une hiérarchie parmi les disciples, depuis les acousticiens jusqu’à ceux « qui voient le Maître ». Le sage était uni à la Raison divine, il aspirait à devenir Dieu, à vivre avec Dieu : donc il n’était pas Dieu.

D’autre part, toute âme religieuse a le sentiment de son impureté, de ce qui l’éloigne de Dieu. Elle éprouve le besoin d’être sauvée par Dieu, elle implore la miséricorde divine, elle est soucieuse de son salut (c’est ce que rappellent les prières ). L’impureté est fondamentale par le péché originel. Dans la religion, la grâce, par sa venue, chasse le péché et la mort ( St Paul, Epître aux Romains ).

Que nous livre le CH XIII ?

L’homme est renouvelé au sens propre du terme : un autre vit en lui. Les Puissances divines, ( les vertus ), forment le Logos et s’installent. Certaines sont de nature divine : la connaissance, la vérité, la lumière, d’autres de caractère moral : justice, mesure, sagesse. Tat est un être matériel, impur. Sa personne morale est constituée des douze vices venus du Zodiaque. Il est «prêt », mais il ne peut se purifier lui-même, enchaîné à la matière. La purification ne peut venir que du dehors : « aspire à toi ». Le vouloir de l’homme est nécessaire, mais l’irruption des Puissances est indissociable du vouloir de dieu (que la volonté de dieu soit faîte). La venue des Puissances est un effet de la miséricorde divine. La vertu est ici une force entièrement divine, qui n’est pas acquise mais donnée, repoussant le vice. Le salut repose sur une «naissance en dieu », une régénération. Et cette renaissance mystique est définitive, inébranlable. Le myste est «dieu, fils de dieu », il est la raison divine, le logos. Son être réel est un être incorporel, donc un être qui ne peut se souiller. Même s’il commet des fautes, l’homme intérieur, le seul vrai, n’est pas engagé. Ce salut inaltérable fut pour beaucoup dans le succès de la gnose docétique ( docétisme : secte chrétienne du II ème siècle qui considère la naissance, la mort et la résurrection du Christ comme non apparentes ). Grosse différence, l’hermétiste est sauvé définitivement, le chrétien n’est sauvé qu’en puissance, il doit assurer son salut dans la crainte. Le phénomène qui assure cette certitude repose sur une exaltation intérieure, d’enthousiasme, telle qu’Hermès la décrit dans l’hymne. Il n’est pas décrit d’adjuvants pour obtenir cet état, hors l’initiation. Notons que le chemin est moins facile dans C.H. I, où la présence de Dieu n’est assurée qu’aux justes, et en XII, où l’homme en qui Dieu habite est capable de péché. Il est vraisemblable que l’illumination a été l’apanage d’une élite restreinte ou le fruit d’une idéalisation édifiante.
L’hermétisme : Dieu et l’homme

Les textes hermétiques ne présentent aucun caractère pouvant les rattacher à une religion. Par contre ils constituent une littérature où l’influence religieuse se manifeste à travers quelques notions qui qualifient l’époque.

1. Le désir profond d’être avec Dieu, comme une relation proche avec laquelle on converse, de l’aimer. Ce besoin impose un genre de vie où la pureté domine, évitant le contact de la femme, se tenant à l’écart de la foule, dans un état de contemplation plus que de dialogue. En réponse, les gnostiques ne plaisent pas à la foule, ils sont l’objet de la risée publique, on les méprise, et cette exclusion d’autant plus facile que leur nombre est petit. Mais ne pas faire partie de la masse, se considérer comme des élus flatte l’orgueil et donne un titre de gloire un peu artificiel. D’autant que la remarque de Platon peut s’appliquer : « il y a beaucoup de porteur de thirse, mais peu de bacchants ». Il faut bien dire aussi que dans cette société des premiers siècles, la masse réclamait le pain et les jeux du cirque, les riches aspiraient au luxe et aux plaisirs. Les écrits hermétistes traduisent le dégoût de la chair, le désir de fuir le monde et d’atteindre Dieu en réaction contre un milieu pénétré des influences de ce monde qui est le plérôme du mal.

2. Une littérature religieuse.

Tout y parle de Dieu :
La connaissance de Dieu, la piété qui mène à Dieu. Les traités sont des guides : « Telle est donc l’image de Dieu que j’ai tracée pour toi au mieux de mes forces : si tu la contemples exactement, et te la représentes avec les yeux du cœur, crois-moi, enfant, tu trouveras le chemin qui mène aux choses d’en haut » (C.H.IV 11, 53,, 11).

3. Les voies sont différentes, sur un fonds traditionnel.

a) Dieu, principe de l’ordre cosmique dont la perfection se réalise dans le monde supralunaire. La contemplation de cet ordre, de la beauté du ciel où les astres sont des dieux, on peut atteindre l’ordonnateur du Tout.

b) Dieu principe de l’être vrai, qui est l’être suprasensible ou l’Idée suprême de Platon, Bien, Beau, Un.

Notre Noûs (intellect conceptuel), dans son essence est apparenté aux Idées. Il est faculté de connaissance intellectuelle. Il a vu, dans une vie antérieure, les modèles des choses sensibles. Or l’Idée suprême, c’est Dieu, un dieu caché, inapparent aux sens, et le noûs représente la faculté de connaissance supra intellectuelle, de connaissance mystique. Ainsi le mot intelligence ou intellect ne couvre pas toute l’amplitude du noûs grec. Il n’en exprime que la première fonction qui est d’intelligere, de comprendre. On ne comprend jamais Dieu. S’il était compris il serait exprimable. Or aucun mot ne l’exprime. Il est ineffable. « Quand tu pourras ne plus rien en dire, c’est alors que tu verras la beauté de ce Bien-là. La connaissance de ce bien divin est silence, inhibition de tous nos sens. » (C.H. X 5°).

Cette voie se fonde sur la parenté du Noûs et de dieu. Cette parenté est d’ordre métaphysique dans l’école platonicienne. Mais dans le Poimandrès elle revêt un aspect mythique : l’âme est la fille de Dieu ou le prototype de l’âme est un Homme céleste, fils de Dieu. Le Noûs de l’âme est issu du premier Noûs divin, et n’a pas à changer de nature pour voir Dieu.

c) La troisième voie : pour voir Dieu il faut renaître.

L’homme nouveau remplace le vieil homme. C’est un homme restauré en sa pureté, composé de Puissances divines, c.a.d. de Dieu. L’affinité entre le noûs humain et Noûs divin a été renforcée, puisque c’est maintenant le Noûs dieu qui habite en l’homme. Les dispositions à l’union mystique sont à leur comble. On peut presque parler d’identité : le cercle se ferme et Dieu loue Dieu.

4. Le mysticisme dans ces trois voies.

Lalande : « Croyance en la possibilité d’une union intime et directe de l’esprit humain au principe fondamental de l’être, union constituant à la fois un mode d’existence et un mode de connaissance étrangers et supérieurs à l’existence et à la connaissance normales ».
Boutroux : « Le phénomène essentiel du mysticisme est ce que l’on appelle l’extase, un état dans lequel, toute communication étant rompue avec le monde extérieur, l’âme a le sentiment qu’elle communique avec un objet interne, qui est l’être parfait, l’être infini, Dieu ».
En un mot : « Contact immédiat avec Dieu, au delà de toute image et de toute représentation abstraite ».

a) La littérature abonde de développements sur l’ordre et la beauté du monde. Pourtant, le contraste entre l’agitation du monde et les affaires humaines, et le calme d’un ciel nocturne suscite le désir d’accéder à cet univers de paix et peut éveiller un sentiment d’union avec le créateur. La contemplation esthétique a été l’une des voies du mysticisme au Moyen Age et dans les temps modernes. Ce fut aussi le cas aux premiers siècles de notre ère et les écrits hermétiques en sont l’écho.

b) Porphyre, dans « La vie de Plotin » témoigne de l’union mystique dans une montée vers l’Un. « Ainsi, à cet homme divin qui souvent s’élevait par la pensée, selon les voies enseignées par Platon dans le Banquet, jusqu’au Dieu Premier et suressentiel, ce Dieu-là même apparut, qui n’a ni forme ni figure, qui est établi par delà tout l’intelligible. Moi-même, Porphyre, je déclare m’être approché de ce Dieu. Plotin, lui, eut la vision du « but tout proche »- le terme et le but, c’était pour lui l’union intime au Dieu au-dessus de tout-. Il en jouit environ quatre fois pendant que je fus avec lui, par une opération ineffable et non pas seulement en puissance ».

c) La forme de connaissance la plus originale :

C’est celle où le myste sort de lui-même pour devenir identique à Dieu. Dans le C.H. XIII, il s’agit d’un envahissement de l’homme par Dieu, dans une dynamique pneumatique. On s’éloigne totalement du platonisme. L’homme se dilate jusqu’à la totalité de l’être divin. Il devient infini dans le temps et dans l’espace. Il est présent en tous les êtres. C’est une enstase, une pénétration par le dieu. S’agit-il d’une union intime et directe de l’esprit humain au principe fondamental de l’être ? L’initiation du CHXIII nous laisse supposer cet élan mystique de Tat. Mais ceci dépasse l’ordre de la raison et seul le langage dépouillé, sincère, ni abstrait, ni théorique donne la conviction d’une expérience vécue.