mardi, février 06, 2007

Analyse Personnalité - Nicolas Hulot

Analyse Personnalité - Nicolas Hulot (30.4.1955)

Votre nombre d'expression, le 5, synthèse de votre prénom et de votre nom, détermine votre nature cérébrale et nerveuse, votre dynamisme et votre capacité à échanger avec autrui. Vous êtes incontestablement doué du sens de l'adaptation et d'ouverture d'esprit. Vous avez besoin de mobilité et d'indépendance et vous refusez tout cloisonnement (vous évader, voyager, changer... Autant de comportements aussi importants pour vous que boire et respirer!) À surveiller: Votre caractère versatile et vos sautes d'humeur fréquentes... Bref: Sachez profiter au mieux de votre charme et de vos talents de persuasion en surveillant votre tendance aux promesses faciles, au mensonge, à l'impulsivité, à l'instabilité et vous serez un homme comblé et équilibré!

Votre prénom, Nicolas, caractérisé par le chiffre 1, montre clairement que l'action prédomine dans votre tempérament, d'où votre besoin de mettre en avant vos idées et de réaliser vos projets. La contemplation et l'obéissance ne sont certainement pas votre tasse de thé.

Le nom dont vous avez hérité, Hulot, caractérisé par le maître-nombre 4/22, est à l'origine de votre sens de la maîtrise de et de la responsabilité. Cela se manifeste soit par une ambition démesurée et une volonté de puissance ou alors par une persévérance inouïe dans tout ce que vous entreprenez.

Votre nombre intime, le 7, issu des voyelles de votre prénom et de votre nom, renseigne sur la personnalité vécue de l'«intérieur», sur vos aspirations, vos motivations... Dans votre cas, vous aspirez clairement à apprendre, à vous perfectionner. Vous avez un besoin fréquent de périodes de ressourcement ou d'isolement. Réflexion, vie intérieure, calme vous caractérisent ainsi qu'un besoin fondamental d'autonomie et d'espace. Vous êtes doué d'un sens critique aigu et possédez le don d'analyse. Vous accordez une grande importance à l'amitié. Hors célibat, votre vie affective s'épanouit dans la complicité vraie, respectueuse de la liberté de chacun.

Issu des consonnes de votre prénom et de votre nom, votre nombre de réalisation, le 7 révèle vos talents sur un plan matériel et/ou professionnel. Chez vous, il révèle une capacité à analyser, diagnostiquer, conseiller. Vous avez besoin d'autonomie. Vous avez le sens de la recherche, de l'étude. Les domaines hautement spécialisés vous sont conseillés.

Vos qualités d'expression, vos idées spontanées et votre vivacité dans l'action trouvent sans conteste leur origine dans votre nombre psychique, le 30. Vous avez de vraies aptitudes à diriger, et surtout à déléguer. Vous aimez plaire et séduire et êtes attiré par la communication. Mais attention tout de même, vous avez une légère tendance à l'agitation, aux obsessions et à la domination... Et, plus que tout, mais vous le savez sans doute déjà, vous voulez avoir raison! Mais tout cela se travaille, pas vrai?

Ce sont vos qualités de réflexion, d'analyse, d'intelligence vive, de rêve et d'écoute d'autrui qui vous permettent d'avancer dans la vie. C'est ce que révèle en tout cas votre nombre d'évolution, le 7. Il confirme aussi votre autonomie, votre besoin d'espace, votre goût artistique, vos grandes idées, votre philosophie, votre humour et votre sens de l'amitié. Si vous savez prendre confiance en vous et cherchez toujours à vous perfectionner sans avoir peur des moments d'isolement ou de doute, et si ce n'est déjà le cas, vous évoluerez très agréablement au travers d'opportunités, de rencontres, de découvertes, d'expériences enrichissantes, de sagesse et d'un peu de chance.

Votre table d'inclusion:
Nombres manquants: 4, 7.
• 4: Un 4 en manque signifie clairement de votre part un refus de cadres et de hiérarchie. Vous ne supportez pas de remplir un rôle purement exécutif et souffrez parfois de manque de concentration, de paresse et de manque d'organisation.

• 7: Votre manque de 7 pourrait également se dire «Manque de confiance en soi»... Voici l'origine de vos peurs, de vos angoisses et de votre pessimisme. Vous souffrez souvent d'isolement car vous éprouvez des difficultés à comprendre autrui et parfois même à aimer la vie... Si vous n'avez déjà entamé un tel processus, il est grand temps de trouver un moyen de dépasser vos problèmes.

Cycle de vie:
Votre chemin de vie, le 9, issu de votre date de naissance, donne de précieuses indications sur votre destin, de manière plutôt détachée de tout contexte. Le 9 est le chemin des poètes, des âmes pures... Il est à l'origine de votre caractère généreux et de votre très appréciée capacité d'écoute (quand vous n'êtes pas dans la lune). Mais attention, votre chemin est tout de même parsemé d'obstacles, les plus difficiles de tous étant votre peine à gérer votre émotivité et votre tendance à ne pas garder les pieds sur terre dans les moments pénibles. Mais, face à ces problèmes, votre générosité qui peut tant pour les autres peut aussi vous aider, si vous osez y croire...

Votre cycle de vie, le 3, indique vous êtes fait pour vous exprimer et communiquer. Votre phase de formation est terminée et vous êtes en cycle productif depuis le 30 avril 1983, et ce, jusqu'au 29 avril 2010. Cela signifie que vous êtes mûr pour exceller dans la communication et que votre environnement s'y prête (enfin!). Votre créativité a libre cours et votre vie affective a toutes les chances d'avoir atteint son paroxysme. Mais votre hypersensibilité vous joue encore des tours...

Votre cycle de vie compte au total 4 réalisations majeures. Depuis le 29 avril 2000, vous accomplissez votre 4e et dernière réalisation (en 6), marquée par les responsabilités... Avec votre chemin de vie en 9, cela laisse présager une reconnaissance (tardive?) de votre générosité fondamentale. De nouveaux projets, de nouveaux voyages, de nouveaux engagements, vous entrez dans une phase passionnante de votre existence. C'est pleinement mérité!

Cycles temporels:
En numérologie, il existe 9 années personnelles. Chacune d'entre elles indique la tendance générale de l'année en cours. En ce qui vous concerne, vous êtes en année 6, symbole de la cohérence. Cette année, vous avez besoin de vous sentir bien dans votre environnement. Bien avec vos proches. Bien au travail... Vous saurez vous adapter en toutes circonstances car vous avez besoin cette année d'un environnement qui vous paraisse logique, cohérent, compréhensible. Déménagement ou changement d'emploi dans ce contexte, ne sont pas exclus s'ils vous apportent un sentiment de stabilité.

Votre maison astrologique (ou secteur) donne un complément d'information intéressant à votre année personnelle. Si la première est valable du 1er au 31 décembre, la seconde en revanche, change à chacun de vos anniversaires. Vous êtes actuellement en maison 11, symbole de relations. L'année de tous les projets et toutes les amitiés.

Votre mois personnel, le 9, indique la tonalité générale du mois en cours: aboutissement. Vous avez l'occasion de boucler vos projets des 9 derniers mois.

Votre chemin de vie: 9
Comme
• Albert Schweizer
(14.1.1875)
• Charles Augustus Lindbergh
(Charles Lindbergh, 4.2.1902)
• Cuba Gooding Jr
(2.1.1968)
• Daniel Cohn-Bendit
(4.4.1945)
• Danny De Vito
(17.11.1944)
• Dustin Hoffman
(8.8.1937)
• Edward Allen Harris
(Ed Harris, 28.11.1950)
• Enrique Martin Morales
(Ricky Martin, 24.12.1971)
• François Léotard
(26.3.1942)
• Georg Friedrich Händel
(23.2.1685)
• Georges Brassens
(22.10.1921)
• Harrison Ford
(13.7.1942)
• Ivo Livi
(Yves Montand, 13.10.1921)
• Jacques Weber
(23.8.1949)
• Jean-Baptiste Poquelin
(Molière, 15.1.1622)
• Jean-Michel Jarre
(24.8.1948)
• Johannes Brahms
(7.5.1833)
• Khalil Gibran
(6.1.1883)
• Kimovich Kasparov
(Gary Kasparof, 13.4.1963)
• Laurent Ruquier
(24.2.1963)
• Lawrence Fishburne
(30.7.1961)
• Morgan Freeman
(1.6.1937)
• Nicholas Kim Coppola
(Nicolas Cage, 7.1.1964)
• Nikolaj Kopernik
(Nicolas Copernic, 19.2.1473)
• Patrick Dempsey
(13.1.1966)
• Philip Anthony Hopkins
(Anthony Hopkins, 31.12.1937)
• Richard Dean Anderson
(23.7.1950)
• Robert Nesta Marley
(Bob Marley, 6.2.1945)
• Robert Peter Williams
(Robbie Williams, 13.2.1974)
• Roberto Benigni
(27.10.1952)
• Robin McLaurim Williams
(21.7.1952)
• Rowan Sebastian Atkinson
(Rowan Atkinson, 6.1.1955)
• Umberto Eco
(5.1.1929)
• William James Murray
(Bill Murray, 21.9.1950)

dimanche, février 04, 2007

La Mésopotamie - Alchimie

1. Naissance de l'alchimie.

Le mot sumérien An-Bar est le plus ancien vocable désignant le fer. Les pictogrammes An, le ciel, Bar, le feu. D'où métal céleste ou métal étoile. Il s'agit du fer météorite, chargé, en conséquence, d'une signification surnaturelle, de la marque divine.

A côté de la sacralité céleste, la sacralité tellurique apparaît avec la métallurgie du fer à partir du minerai.

On travaille le cuivre en le chauffant et en le conduisant à la fusion à partir de - 4000.
Le forgeron devient l'artisan de ce processus magique qui fait " mûrir " le métal en se substituant à la nature. D'où les mythes de concepteur, d'accoucheur, de la Terre Mère, accompagnés de rites magico-religieux. Le forgeron est entouré de mystère, de secret, marginalisé et craint dans la société. Ses outils participent de la sacralité.

2. L'alchimie en actes.

Par la force de l'instrument, Marduk, en coupant Tiamat en deux, sépare le Ciel de la Terre.
Pour créer l'homme, on mélange de la terre avec le sang d'un dieu immolé.

Les métaux sont sexués, mâles ou femelles selon leur couleur ou leur éclat. La classification sexuelle des minerais s'est maintenue dans les écrits alchimiques du Moyen Age.

Les mines, les cavernes, les rivières sont assimilées à la matrice de la Terre-Mère dans laquelle se développe, naturellement le minerai en métal, mais qui nécessite le plus souvent l'intervention du forgeron. En accélérant le rythme de croissance, le métallurgiste précipite le rythme temporel. L'homme assure sa propre responsabilité devant la nature à laquelle il s'identifie, dans l'oeuvre alchimique.

Un texte babylonien, appartenant à la bibliothèque d'Assurbanipal, ne laisse aucun doute :
" Quand tu disposeras le plan d'un fourneau à minerai, tu chercheras un jour favorable dans un mois favorable, et alors tu disposeras le plan du fourneau. Pendant qu'ils construisent le fourneau, tu les regarderas et tu travailleras toi-même dans la maison du fourneau : tu apporteras les embryons ( nés avant le temps ). Aucun étranger ne doit rentrer, ni personne d'impur ne doit marcher devant eux. Tu dois offrir des libations dues devant eux : le jour où tu déposeras le minerai dans le fourneau, tu feras devant l'embryon, un sacrifice ; tu poseras un encensoir avec de l'encens de pin, tu verseras de la bière devant eux.

Tu allumeras un feu sous le fourneau. Les hommes que tu amèneras pour prendre soin du fourneau doivent se purifier....Le bois que tu brûleras sera du styrax ( benjouin ), épais, de grosses bûches écorchées, qui n'ont pas été exposées en fagots, Mais conservées sous des enveloppes en peau..."

On voit se dessiner ici une liturgie, dans un espace sacré, interdit aux profanes avant une purification pré opératoire. On note aussi l'assimilation du minerai aux embryons, leur croissance dans le fourneau, image de la matrice tellurique. Cette collaboration active entre l'homme et la nature le nimbe d'une dimension créatrice, se substituant aux dieux pour participer à l'harmonie du monde et de lui-même. Il reproduit l'acte exemplaire de la cosmogonie à partir d'une matière première vivante, tel Marduk créant l'univers cosmique de l'embryon Tiamat. En construisant, en fabriquant, l'homme reproduit le modèle cosmogonique, il imite l'œuvre du Démiurge. De plus, il se construit lui-même.

Ces expériences rituelles canalisent le sujet vers une réalisation qui le dépasse puis qu'il s'agit de la maîtrise du temps. Il peut intervenir dans le rythme temporel, donc existentiel. C'est le fondement de l'œuvre alchimique : le minerai ( la pierre ), supprime l'intervalle temporel qui sépare le métal imparfait de sa condition finale ( lorsqu'il sera devenu de l'or ).

A travers ce rituel, on peut dire que le métallurgiste se soumet à un processus initiatique, par un transport dans la dimension cosmique et dans le temps primordial. Le forgeron est le premier Maître initiateur. Il nous tend la main à quatre siècles de distance.

mercredi, janvier 31, 2007

La Mésopotamie - L'expression du savoir

Toutes les matières étudiées, astrologie, mathématiques, droit, médecine, divination se présentent dans des traités, interminables sentences composées chacune d'une protase et d'une apodose. La protase exposant un aspect de l'objet étudié sous la forme d'une proposition conditionnelle et l'apodose disant ensuite la conséquence que l'on en déduisait sous la forme d'une proposition principale. Ce mode d'expression, avec la formule " si.. alors.." met l'accent sur la relation nécessaire entre les deux éléments de la sentence, fit du savoir un système hypothético- déductif d'une grande rigueur logique. Les sentences étaient rangées selon un ordre défini qui montre un autre aspect de la rationalité mésopotamienne. C'est le type du savoir cumulatif, s'opposant à la formulation synthétique. Ce savoir additionnel se laissait découvrir progressivement, les touches juxtaposées ne valant que par leur association avec les touches voisines.

Les schémas logiquement possibles :

* Organisation duelle du champ de réflexion au moyen de couples de formulation opposées ou complémentaires, qui impliquent les joutes oratoires où s'opposaient le berger et le laboureur, l'été et l'hiver, l'oiseau et le poisson : tentatives de définir en les opposant les êtres et les choses : conception binaire.

* Conception ternaire, exprimée par des triades de sentences comportant un moyen terme entre les deux extrêmes, faisant écho à la répartition en triades des grandes divinités du panthéon.

* L'analogie fonde la pensée et prend naissance dès la création du monde, lorsque Marduk fendit le corps de Tiamat en deux moitiés se faisant face, la Terre répondant au Ciel, comme une image et son reflet spéculaire.

De plus, l'analogie était imbriquée dans la nature du langage. Les rapports analogiques n'étaient pas seulement consacrés par les mots, ils étaient fondés par eux. Les Mésopotamiens croyaient en l'identité de nature entre la chose et son nom. Un être ou une chose n'arrivaient à l'existence qu'une fois nommés. Notion qui découle de la cosmogonie : il suffisait au dieu créateur de prononcer un nom pour que la chose désignée existât. Les Mésopotamiens se livrèrent donc de façon systématique à la spéculation verbale.

* Signe et sens s'épousaient car le sens naissait dans le signe lui-même. C'est la vertu de l'écriture cunéiforme, écriture polysémique, riche de virtualités de lectures et de sens. A travers un même signe, on passait d'une chose à une autre ou d'une idée à une autre.

* Il faut ajouter la bipolarité de lecture, sumérienne et akkadienne. La pluralité des interprétations repose sur l'analyse des éléments contenus dans le pictogramme. Par exemple, la création de la déesse Ninti, destinée à soigner une côte malade du dieu Enki. Nin signifie dame, ti désigne côte, la vocation de la déesse " dame de la côte " ou " dame de la vie ", est inscrite dans l'écriture même de son nom.

* Des associations phonétiques aux associations sémantiques, l'interprétation pouvait suivre un cheminement complexe et nécessitaient une érudition étonnante. Chaque signification appelait immédiatement la foule de toutes les significations supposées présentes dans le terme étudié. Le signe pied, pouvait, selon les circonstances, évoquer l'action de marcher, se tenir debout, porter ou emporter. L'épi se référait à tout le monde céréalier mais aussi au complexe phonétique se, qui désignait le grain d'orge en sumérien. Il devenait possible d'utiliser ce même signe de l'épi partout où dans la langue parlée se rencontrait le son se. Le signe re, qui disait berger re'u, dont il est la syllabe initiale, a donné l'éqivalence re = senu, petit bétail, celui-ci étant l'objet du travail du re'u.

Au terme de cette étude, il n'est pas nécessaire de tracer les contours d'une philosophie qui doit beaucoup au pouvoir de nos conceptions actuelles et au désir de promouvoir une pensée spécifique. Il faut se contenter de la réalité déjà appréciable. Les Mésopotamiens ont pu écrire les premiers, les grandes préoccupations de l'homme. A partir de leurs observations, portant sur la nature et sa fragilité, sur leur propre vulnérabilité, ils ont pris conscience de ce qui les dépasse : la naissance du monde, l'origine et la destinée de l'homme, le sens de son existence. Nous voyons en acte l'imagination de l'homme qui va créer les mythes ou les récits. La cosmogonie et l' anthropogonie se conjuguent dans une théogonie et ce qui nous apparaît de plus immédiat est l'homo religiosus, selon la définition de Jung et de Mircea Eliade. Le rapport avec ce qui les dépasse a donné naissance à la pensée religieuse, aux rituels, au culte. La transcendance, la justice, la sagesse, trouvent leurs définitions originelles, et l'érudition et la richesse de la langue donne lieu à des élaborations où le rationnel s'affirme.

Platon a écrit que la philosophie commence avec l'étonnement. Alors les Mésopotamiens sont philosophes. Disons qu'ils sont à l'aurore de toute pensée et de toute spéculation. Ils ont écrit les premiers les questions et donné les premiers les éléments de réponse. La voie qu'ils ont tracée, grâce à ce mariage harmonieux des Sumériens et des Sémites, conduit au monothéisme mosaïque et au rationalisme grec. A défaut de philosophie véritable, ils inaugurent cette confrontation ou cette harmonie entre religion et philosophie, entre imaginaire et rationnel qui seront les rameaux vivifiants dont nous sommes, sinon les héritiers, du moins les dépositaires.

jeudi, janvier 25, 2007

La Mésopotamie - La philosophie mésopotamienne

Elle se dégage de l'analyse des mythes même si l'expression principale fut celle de la religion. Les nombreuses narrations sont, en fait, des interprétations des exploitations logiques de la pensée humaine. L'homme se cherche à travers les mythes, comme il cherche son origine et sa finalité.

A cet effet, il est utile de se référer à la personne mythique de Enki-Ea. Nous avons vu qu'il était le grand concepteur, le grand ingénieur, l'auteur de la nature et de la culture, " L' Intelligent, le Sage, l'Avisé, l'Habile,...Le Formateur de tout...". Il est le seul à prendre en main les affaires divines et humaines. " Qui serait plus avisé que lui ? " ( Enki et Nimah ). Il est le Maître de la sagesse et il a donné naissance au mythe des sept Sages, transmis par Bérose, ce lettré du 3ème siècle avant notre ère qui s'était donné pour tâche de mettre en grec, après la victoire d'Alexandre ( 333 ), les principales traditions de son pays. Voici le mythe tel qu'il le décrit :

" En Babylonie, quantité d'hommes venus d'ailleurs s'étaient installés en Chaldée où ils menaient une existence inculte, pareils à des bêtes. Une première année, alors, apparut là , sur le rivage, un monstre extraordinaire, sorti de la Mer Rouge et appelé Oannès. Son corps entier était celui d'un poisson avec, sous la tête, ( de poisson ) une autre tête, ( humaine ) insérée, ainsi que des pieds, pareils à ceux d'un homme, silhouette dont on a préservé le souvenir et que l'on reproduit encore de notre temps. Ce même être vivant, passant ses jours parmi les hommes, sans prendre la moindre nourriture, leur apprit l'écriture, les sciences et les techniques de toute sorte, la fondation des villes, la construction des Temples, la jurisprudence et la géométrie. Il leur dévoila pareillement la culture des céréales et la récolte des fruits : en somme il leur donna tout ce qui constitue la vie civilisée. Tant et si bien que, depuis lors, on n'a plus rien trouvé de remarquable sur ce chapitre. Au coucher du soleil, ce même monstre, Oannès replongeait dans la mer pour subir ses nuitées dans l'eau, car il était amphibie. Plus tard, apparurent d'autres êtres analogues.. ." ( Babyloniaka I, dans P. Schnabel, Berossos ).

Il cite dans son même ouvrage six autres sages et il rattache leur apparition au règne de l'un des souverains locaux antérieurs au déluge. Ils n'avaient fait, souligne-t-il qu'expliciter ce qu'Oannès avait mis en place. Cette tradition est retrouvée dans des textes antérieurs. Chaque Sage, Adapa, est censé avoir joué, auprès des monarques antédiluviens, le rôle d'apkallu, terme sumérien akkadisé qui désignait des personnalités humaines, mais vues comme surnaturelles et fabuleuses. Elles représentaient des personnages très intelligents, des super-experts en toutes techniques, mais enseignant leur propres secrets, tels des héros civilisateurs. Les apkallu étaient des créatures d'Enki/Ea.

Dans l'Epopée d'Erra : " Ces sept Apkallu, carpes saintes, Qui pareils à Ea, leur maître, Ont été adornés par lui d'une ingéniosité extraordinaire...".

Dans Orientala : " Ces sept Apkallu, crées dans la rivière, Pour assurer le bon fonctionnement des plans divins concernant Ciel et Terre...".

Le nombre sept fait partie des symboles et du vocabulaire hiératique des rites et des mythes. Au delà du mythe, le Sage est détenteur de la connaissance révélée des choses qui conduit à la vérité. En sumérien, le Sage était désigné par un mot définissant tout détenteur d'un savoir spécialisé, scribe, arpenteur, artisan ou artiste. L'akkadien disposait d'autres termes qui marquaient l'idée de profondeur ( emqu ) ou la faculté d'entendre et de comprendre "hss", " l'homme au vaste entendement, littéralement à l'oreille large ". A toute époque, les sages furent des personnages essentiels de la société mésopotamienne, les familiers du Roi, qu'ils éclairaient de leurs conseils. La notion de sagesse impliquait celle de révélation. Le rapport unique entretenu par le sage avec la divinité revêtait l'aspect d'un songe, support de la révélation mais donnait généralement une voie de recherche, comme le voyage de Gilgamesh vers la quête de la vie éternelle, initiation à la mort.

La sagesse était de plus liée à la piété et à la mémoire. Le verbe hasasu le soulignait qui englobait les sens d'être pieux, comprendre et se souvenir. Dans la pensée de ce temps, la parole était de nature magico-religieuse et c'était dans son efficacité que le sage pouvait trouver la certitude d'être le dépositaire de la vérité.

Si la sagesse révélée ne peut être assimilée à la connaissance philosophique, on trouve des témoignages sur l'effort de certains hommes pour percevoir les idées directrices qui président à l'ordre cosmique, ou à la cohésion de la terre. On peut y voir l'ébauche d'un esprit philosophique.
Les Mésopotamiens prisaient les débats académiques au cours desquels s'affrontaient deux personnes sur un sujet où chacun essayait de démontrer sa supériorité. C'est bien là une expression de la pensée dialectique qui s'exprime au moyen d'un dialogue. Or la philosophie se manifeste dans ce cadre dialectique. On voit un tel débat dans un écrit du 1er millénaire, La Théodicée babylonienne : chaque interlocuteur reprend les arguments de l'autre pour les corriger ou les contredire et s'échappe du particulier pour s'élever au général. Nous reconnaissons là l'optique et la rigueur qui caractérisent la pensée philosophique. Le thème est celui de la déchéance morale et le protagoniste expose son cas et tente de généraliser sa propre expérience et de comprendre la disparité entre la conduite de chacun. Il en arrive à la révolte, alors que son interlocuteur, faisant appel à la tradition au moyen d'axiomes et d'a priori, essaie de le faire persévérer dans la piété. La conclusion du poème rejoint celle du Juste souffrant : c'est son défaut d'intelligence qui ne permet pas à l'homme de comprendre la pensée et les actions des dieux.

samedi, janvier 20, 2007

La Mésopotamie - L'astrologie et ses applications

Les premiers textes cunéiformes traitant de l'astrologie apparaissent vers le 18ème siècle. Elle se présente déjà enracinée dans les représentations et les pratiques religieuses.

On a vu que les anciens Mésopotamiens voyaient l'univers comme une immense boule creuse en deux hémisphères emboîtés : l'En-haut, le Ciel, et l'En-bas, l'Enfer coupée, en son diamètre, par la vaste nappe de la Mer, au milieu de laquelle émergeait la Terre. Pour expliquer le fonctionnement de ce monde complexe, ils avaient imaginé toute une population surnaturelle, les dieux. Ces divinités, ils se les représentaient sur leur propre modèle, sublimé cependant à l'extrême, bien plus puissantes, bien plus intelligentes, immortelles. Comme les hommes ils sont regroupés en familles coordonnées en une société unique, aussi monarchisée que celle d'ici-bas. Un Dieu souverain unique déléguait à ses sujets les pouvoirs nécessaires pour diriger son propre secteur, tant de la nature que de la culture. La montagne, la steppe, les cours d'eau, l'agriculture, le bétail, le feu, la bière, la guerre, l'amour physique, etc.., avaient leur dieu. De même les astres, qui hantaient les régions d'En-haut, le Soleil, la Lune, les Planètes, les Etoiles fixes, les Météores, les Vents, Pluies, Orages , Tempêtes, avaient chacun leur divinité. Les hommes ayant été fabriqués par les dieux pour tirer parti des ressources naturelles, étaient tenus de se conformer aux obligations et prohibitions que l'on imaginait promulguées par les Maîtres du monde. En cas de transgression, les hommes s'exposaient à des punitions, que d'autres entités surnaturelles, les Démons, leur infligeaient. Les maladies, les malheurs, calamités et tracas de toute sorte viennent alors assombrir la vie.

Mais les dieux avaient besoin des hommes, et ils faisaient en sorte d'offrir le remède en même temps que le mal. Les procédures d'exorcisme, faites d'un mélange de prières et de gestes ritualisés, avaient des chances d'influencer les Juges suprêmes et de conduire les Démons à suspendre la peine.

Pour éviter cette justice punitive, les dieux ont élaboré une conduite préventive, en leur révélant à l'avance le sort qui leur était assigné, leur destin à venir. Mauvais, ils sauraient s'en garder en recourant à l'exorcisme, favorable, c'était un encouragement. Cet avenir, les dieux le dévoilaient par la Divination. Il pouvait se manifester par un songe, par une vision, ou toute intervention surnaturelle. C'est la divination inspirée.

Mais ce procédé de communication passive a cédé progressivement, chez cette civilisation savante et ingénieuse, à la divination déductive. Celle-ci ne s'articulait pas, comme l'autre sur le message oral, de bouche à oreille, mais sur le message écrit, au moyen de graphismes, qu'il fallait lire pour le recevoir. Il faut dire que la création tout entière, pour les Mésopotamiens, se présentait comme une immense page d'écriture divine. Lorsque tout était régulier, sans anomalies, c'est que les messagers surnaturels n'avaient rien à signaler aux hommes. Si une décision particulière était prise à leur endroit, elle se manifestait par des phénomènes insolites, singuliers, monstrueux : un mouton à six pattes, une puissante averse en saison sèche, un blond dans ce pays de bruns, un cheval cherchant à saillir un bœuf, etc... Telle était la pictographie du message des dieux, interprétée par ceux qui avaient acquis l'intelligence des codes, les devins, formés par de longues études. Ils avaient recueillis tous les présages imaginables et les avaient classés en d'innombrables traités et décryptés en oracles spécifiques.

Sous le ciel d'Orient, les pictogrammes les plus éclatants étaient inscrits dans la nuit limpide. Ils avaient observé, enregistré, étudié les astres et leur mouvement, les étoiles fixes et leur constellations, dont ils ont établi une séquence zodiacale au 1er millénaire, mais également les lampadaires du jour et de la nuit, le Soleil, la Lune, surtout qui commandait à leur calendrier. Et les Planètes, Venus Ishtar, patronne de l'Amour, Jupiter, l'Astre blanc, Mercure, Le Mouflon, Mars, L'Enflammé, et Saturne, Le Constant, dont ils prévoyaient sans faute les levers, les cheminements, absences et éclipses.

Ce travail séculaire prépare l'avènement de l'astrologie, vers 1800, qui prendra, en quelques siècles un essor considérable et sera formulée dans plus de 70 tablettes contenant plus de 10000 présages, avec le déchiffrement de chacun. L'introduction en vers, souligne que les astres n'ont pas été créés par les dieux seulement pour définir et régler l'ordre du temps, mais pour que l'on y trouve, en les observant, des communications d'en-haut. Ainsi sont prévues les sécheresses, les maladies du bétail, les crises économiques, les révoltes, les attaques des ennemis, les maladies et la mort du souverain. Mais aussi les chances de réussite, de bonheur pour la population et le Roi, les promesses de naissances, de stabilité, etc.. Ces chances et ces malchances émaillent la vie quotidienne, mais concernent le pays, le peuple, le Roi, unique chef dont la bonne ou mauvaise fortune déterminait celle de l'ensemble des sujets. A la différence de la divination déductive, dont les messages concernent la destinée de chacun, l'astrologie les affiche aux yeux de tous, sur le livre du ciel, car ils ne portent que sur le bien public.

L'astrologie au service du gouvernement.

Les Rois entretenaient partout dans le pays, un grand nombre d'informateurs, astrologues de métier qui scrutaient le ciel et transmettaient au Palais le fruit de leurs observations et leur interprétation des phénomènes. Les derniers grands Rois d'Assyrie, Asarhaddon ( 680-669 ) et Assurbanipal (668-627 ) accordaient une grande importance aux analyses des astrologues qui induisaient leurs décisions. La visibilité, la conjonction, l'opposition des mouvements des astres, les éclipses, autant d'augures dont on devait tenir compte. Les observations des différents astrologues étaient confrontées pour aboutir à des conclusions très fiables sur le plan du mouvement des astres, à défaut d'une objectivité prévisionnelle impossible.

Naissance de l'horoscope.

L'astrologie a pris le pas sur les autres techniques de la divination déductive, l'aruspicine et l'hépatoscopie. Du service du Roi et de la collectivité, elle est passée au service des individus dont la destinée était également soumise au pictogramme céleste. Le tournant de la vie d'un homme pouvait se situer à un moment particulier, coïncider avec un segment du temps, un mois, par exemple. Et parmi ces moments décisifs, figurait sa naissance. Né au 1er mois de l'année, Nisan, il était destiné à dissiper la maison paternelle, au 2ème mois, à mourir prématurément, etc.. Or ces mois, c'étaient bien les astres qui les commandaient. Il y avait donc un moyen pour l'astrologie, d'intervenir sur le destin privé.

On chemine ainsi vers la généthlialogie, la prévision de l'avenir personnel à partir des circonstances astrales de la naissance. Pas du seul mois où elle se produisait, mais du tableau céleste, de la position des divers astres à ce moment. Le plus ancien de ces horoscopes est daté de 410 avant notre ère, et précède de deux siècles les premiers spécimens hellénistiques connus. Voici la traduction de cette tablette.

" Au mois de Nisan, la nuit du 14, est né X ( le nom a disparu dans un cassure de l'argile ), fils de Shuma-usur, petit fils de Nadin-shumi, de la famille de Dêkê. La Lune se trouvait alors sous une des pinces du Scorpion; Jupiter dans le signe zodiacal du Poisson; Vénus dans celui du Taureau; Saturne dans celui Cancer et Mars dans celui des Gémeaux; Mercure n'était pas encore visible...Tout ira bien pour toi."

Ainsi, dans la seconde moitié du 1er millénaire, l'astrologie mésopotamienne était devenue un mécanisme divinatoire complet, propre à faire connaître l'avenir aussi bien public que privé. Bérose, un lettré babylonien du 3ème siècle la traduira en grec, et le monde hellénistique l'adaptera à son génie propre.

mardi, janvier 16, 2007

La Mésopotamie - L'Epopée de Gilgamesh

Le parcours initiatique vers la mort

La légende de Gilgamesh prend naissance fin du 4ème, début du 3ème millénaire. Elle relate la vie d'expérience et de quête de ce roi sumérien d'Uruk, " celui qui a tout vu ", les voies difficiles qu'il doit affronter pour accepter la finalité commune aux hommes, la mort. Ce récit s'est enrichi de mythes cosmogoniques, anthropogoniques et théogoniques, tel le poème d'Atrahasis, dont la source est sémitique et de langue akkadienne. Il prend sa forme accomplie vers 1750, et les manuscrits les plus importants ont été trouvés parmi les restes de la bibliothèque d'Assurbanipal ( 668-627), dans les ruines de son palais de Ninive.

1. Gilgamesh et la démesure.

Dans la première partie de l'Epopée, Gilgamesh apparaît dans toute sa prestance, sa perfection, sa réussite. "Monarque exceptionnel, fameux, prestigieux ", " Retour de ses errances, exténué, mais apaisé" " Après avoir tout vu, Connu le monde entier et tout mis en mémoire ", il aurait en personne " gravé sur une stèle tous ses hauts faits ", pour nous inculquer la leçon de son terrible insuccès : la résignation à notre sort fatal. C'est une sorte de surhomme, et telles sont sa vigueur et son exubérance qu'il ne peut s'empêcher de tyranniser ses sujets et de violer femmes et jeunes filles. Les dieux sont alertés, et pour le calmer, créent un rival à son image, pour lui ôter le sentiment de sa supériorité et servir de dérivatif à ses débordements.

2. Enkidu le modérateur. L'amitié.

Enkidu est ainsi introduit dans la légende sumérienne. C'est l'opposé de Gilgamesh. Celui-ci est un produit de la cité, civilisé, raffiné, homme de savoir. Enkidu est sauvage, primitif, né isolé " dans la steppe ", vivant parmi " les animaux sauvages et leurs hardes ",auxquels il tient de près par ses moeurs. Image du contraste entre une population errante et frustre, peu à peu subjuguée et intégrée par des citadins de haute culture.
Informé de l'existence d'un pareil phénomène par un rêve et par un chasseur, Gilgamesh lui envoie, pour l'apprivoiser et le rapprocher de lui, une courtisane, " La Joyeuse ", une femme vouée à cet " amour libre ", qu'on tenait dans le pays pour une des prérogatives de la haute civilisation. Elle le séduit en effet, et, " six jours et sept nuits " d'affilée, Enkidu lui fait l'amour. Sentant qu'il n'est plus de leur côté les animaux le fuient tandis qu'il s'attache à son initiatrice et apprend d'elle à « devenir un homme véritable », civilisé, et urbanisé. elle le conduit en ville, à Uruk. C'est par " l'amour libre ", avec une vraie femme et non plus une simple femelle que ce sauvage est introduit à la grande culture, qui le sort de son animalité première. Le premier contact des deux hommes est une rude empoignade dont Gilgamesh sort victorieux, mais après " ils s'embrassèrent et firent amitié ".

3. Le monstre Hawawa et la Forêt des Cèdres.

Et voilà Gilgamesh en quête de hautes aventures et de gloire, une manière de s'assurer du moins l'immortalité du renom : " Si je succombe, au moins me serai-je fait un nom...une notoriété éternelle ". L'auteur aborde le thème central de son oeuvre : le héros, jeune, fougueux, ne tient pas encore assez à la vie pour se garder de la compromettre, et n'a pas encore de la mort une image assez nette pour la fuir à tout prix. Ici s'intègre la légende sumérienne de la " Forêt des Résineux " accommodée à l'actualité akkadienne. L'action est transférée au Liban et la " Forêt des Cèdres " est gardée par le terrible Huwawa. Ce long voyage en six étapes, précédées d'un songe qui laisse pressentir les périls et les réussites de l'entreprise, se termine par la mort du Surveillant de la forêt. Les héros coupent les arbres et emportent les troncs sur leur bateau qui descend l'Euphrate et les ramène à Uruk, où on les accueille en triomphe.

4. Istar et le Taureau-Céleste.

La divine patronne de l'amour libre ", Istar, voyant Gilgamesh se gonfler de toute sa gloire, tombe amoureuse de lui et essaie de le séduire. Mais il lui rappelle le sort de ses amants une fois lassée d'eux, et lui inflige un refus dédaigneux. Furieuse, elle va réclamer de son père, Anu, qu'il expédie contre la cité de celui qui la méprise le Taureau géant, qui y fait un carnage, faisant tomber par ses mugissements des centaines d'habitants d'Uruk. Mais les deux héros le maîtrisent et le tuent. Enkidu, sous l'emprise d'une exaltation méprisante, lance sur Istar, spectatrice impuissante de son échec, une patte de l'animal et menace de la décorer de sa tripaille. Le triomphe de Gilgamesh est complet, il se proclame " le plus beau, le plus glorieux des hommes ", donne une grande fête en son palais. Ces excès dans l'action, ces insultes inutiles dans ces glorieux vagabondages, sont la marque d'une démesure que les dieux ne peuvent admettre. C'est au faîte de la réussite non maîtrisée, que la démesure appelle la chute.

5. La mort d'Enkidu.

Enkidu voit en songe les dieux le condamner à mort. Il tombe en effet malade, décline, maudit la courtisane qui, en lui permettant d'accéder à un niveau supérieur, l'a mis sur le chemin du malheur. Il trépasse dans les bras de son ami désespéré qui ne veut croire à sa mort et retient son cadavre " jusqu'au moment où les vers lui tombent des narines ". Pendant sept jours et sept nuits il pleure son ami. Puis il entonne un chant funèbre déchirant à l'adresse de son autre soi-même que la mort lui a arraché. L'intention de l'auteur se manifeste : il fallait que le statut d'Enkidu ne fût celui d'un simple serviteur, un inférieur, un étranger, mais le plus proche possible du coeur de Gilgamesh, pour que sa disparition bouleversât non seulement l'esprit, mais la vie de ce dernier. Pour la première fois le voilà mis en présence de la vraie mort, la sienne propre, à l'image impitoyable et hideuse de celle de son ami. "Il me faudra donc mourir comme Ekidu, moi-aussi ! Le désespoir ne submerge le coeur...".

6. Les épreuves initiatiques.

Gilgamesh n'accepte pas la résignation. Son caractère le conduit à lutter contre une telle fatalité, avec la pensée d'échapper au sort des humains, d'acquérir l'immortalité. Il connaît l'existence, à l'extrême bout du monde, à la frange de celui des dieux, d'un homme comme lui et qui mène là-bas une vie sans terme. C'est le héros et le seul survivant du Déluge, Uta- napishtî : " J'ai trouvé ma vie !". Il ira donc le visiter et lui demandera son secret, pour en faire profit. Le voilà parti pour un voyage merveilleux jusqu'aux extrémités de la terre.
* Il arrive aux montagnes Mâshu et trouve la porte par laquelle le soleil passe tous les jours. Cette porte est gardée par un couple d'hommes-scorpions, dont " la vue suffit à donner la mort ". Le héros, paralysé par la peur, se prosterne humblement, les hommes-scorpions le reconnaissent et lui permettent de pénétrer dans le tunnel. Après douze heures de marche dans les ténèbres, Gilgamesh débouche de l'autre côté des montagnes, dans un jardin merveilleux.
* Avant de traverser l'ultime mer périlleuse, il reçoit pourtant une mise en garde de la mystérieuse nymphe Siduri.

" Où donc cours-tu ainsi, Gilgamesh ?
La vie sans fin que tu recherche, tu ne la trouvera jamais !
Quand les dieux ont créé les hommes,
Ils leur ont assigné la mort,
Se réservant l'immortalité à eux seuls !
Bien plutôt remplis-toi la panse, demeure en gaieté jour et nuit...
Accoutre-toi de beaux habits,
Lave et baigne ton corps !
Regarde avec tendresse ton petit qui te tient la main,
Et fais le bonheur de ta femme serrée contre toi !
Telle est la seule perspective des hommes ! "

Mais, perdu dans ses espérances, il n'en veut tenir compte, traverse la mer aux mille dangers, et arrive auprès d' " Uta-napishtî-le- lointain " Il lui pose la question : "Tu me ressembles tout à fait, et pourtant les dieux t'ont octroyé une vie sans fin ! Comment as-tu donc fait pour l'obtenir ?"

En réponse, Uta-napishtî entreprend le long récit du Déluge, adaptation du célèbre Mythe du Super-Sage. Acteur et survivant de cette épopée qui donne une nouvelle chance à l'homme, Uta-napishîti bénéficie de cette situation privilégiée, à la limite du monde des Dieux et du monde des hommes, mais immortel. Il met Gilgamesh à l'épreuve, le défiant de rester seulement " six jours et six nuits sans céder au sommeil ", image de la mort. Il tient le pari, mais s'endort presqu'aussitôt profondément. Il devra donc admettre que l'immortalité n'est pas son lot. " Et maintenant, que faire ? où aller ?Le Ravisseur se saisira donc de moi ! La Mort est déjà près de moi. Où que je fuie elle m'attend ! "

Saisie de pitié, la femme d'Uta-napishtî obtient de son mari qu'il ne le laisse désemparé après tant de courage. Il lui révèle l'existence et la cachette d'un végétal mystérieux, qui n'assure pas l'immortalité véritable, mais permet au moins de retrouver sa jeunesse et recule ainsi l'échéance. Défendu par de terribles épines, il faut aller le chercher au fond de la mer, dans un recoin secret. Gilgamesh y arrive, plonge et s'empare de la Plante de jouvence. Hélas, sur le chemin du retour, pendant qu'il se baigne pour réparer sa fatigue, un serpent la lui ravit. Ainsi s'écroule son ultime espoir. Le serpent a changé de peau, renouvelant sa vie, et la réflexion de Gilgamesh est amère autant que résignée. " A quoi bon m'être ainsi épuisé ? a quoi m'être à ce point meurtri le coeur ? Je n'en ai rien retiré pour moi-même : j'ai seulement avantagé le serpent ! Et Gilgamesh se résigne. Le poète est concis, il le ramène chez lui, à Uruk, « exténué, mais apaisé » prêt à laisser aux hommes la cruelle et profonde leçon de son expérience. Il demeure « Celui qui a tout vu, connu le monde entier, et tout mis en mémoire ». Ces initiations manquées illustrent le caractère inéluctable de la mort. L'énergie démesurée de la jeunesse met un voile sur cette réalité. Il est vain de vouloir conquérir l'immortalité, même au prix d'épreuves surhumaines. L'homme doit vivre son expérience terrestre, avec les joies et les malheurs de l'existence, sans se soucier de sa fatale interruption. Il doit se contenter de l'immortalité de gloire et de renom qu'il avait obtenue avant sa quête. Mais il a sur son chemin, à travers ces épreuves initiatiques, trouvé la Sagesse et le pouvoir de transmettre son enrichissement

Justice humaine, justice divine, transcendance.

Un récit de la fin du 2ème millénaire, en langue akkadienne, " Je veux louer le Seigneur de la Sagesse ", intitulé par les assyriologues " Le Juste souffrant ", relate l'expérience d'un haut dignitaire de la cour royale, accablé par tous les maux et sauvé par le Dieu Marduk, seigneur de Babylone.

Au début du récit, il décrit sa déchéance : ses amis se sont éloignés de lui et sont devenus hostiles, il se plaint de la décrépitude de son corps en proie à toutes les maladies que les exorcistes ne peuvent soigner. Il ne voit d'autre issue que la mort. Il s'interroge sur les raisons de ce malheur. Il ne trouve aucun manquement dans son comportement religieux, ni faute ni péché. Il en conclut que la volonté divine est insaisissable pour l'homme.
" Ô dieux Ea, Shamash et Marduk, quelles fautes ai-je donc pu commettre, pour qu'une telle malédiction me soit tombée dessus ? Mon Dieu ton châtiment pèse lourd, et pourtant je n'en connais pas la raison ! "

Depuis son enfance ce juste a cherché à comprendre le dieu et à honorer la déesse avec humilité et piété. Pourtant " le dieu m'a apporté la disette au lieu de la richesse " Par contre, c'est le scélérat, c'est l'impie qui a amassé la fortune " La foule loue la parole d'un homme prééminent expert en crime, mais avilit l'être humble qui n'a pas fait de violence ". " Le malfaiteur est justifié et on chasse le juste. C'est le bandit qui reçoit de l'or, tandis qu'on laisse affamé le faible. On fortifie la puissance du méchant, mais on ruine l'infirme, on abat le faible "
Ce désespoir n'est pas l'expression de la vanité humaine, mais l'expérience de l'injustice dans le monde et de l'indifférence des Dieux. Mais finalement la Justice divine se manifeste, une série de personnages divins lui apparaissent en rêve, lui assurant la guérison et le bonheur. Marduk s'est apaisé et, dans sa miséricorde, il chasse tous les maux et le réintègre dans la société humaine. "Le Juste souffrant ", qui préfigure le Livre de Job et l'Ecclésiaste, est soumis à une véritable crise spirituelle et nous montre les rapports de l'homme avec les dieux ou le dieu.

La notion de Justice est essentielle et l'homme la considère comme rétributive de son comportement religieux.
* Le Mal, le péché sont l'apanage du comportement humain et non l'expression de la volonté divine.
* La distance entre les hommes et les dieux s'avère infranchissable.
* Ce qui permet d'approcher la notion de transcendance et de rendre l'homme comptable de son propre destin. En face de la création et des réalisations des dieux, on ne peut qu'admirer, même ce que l'on ne comprend pas. L'intelligence humaine ne lui permet pas de comprendre la pensée et les actions des dieux.
* Mais la prière, le culte, ou la résignation permet de trouver sa propre part de justice.
* A côté de la démarche rituelle et cultuelle, la quête de la Sagesse par une voie parallèle, initiatique, réinstaure l'homme dans sa dimension de créature privilégiée par l'esprit, manifestation suprême de la Justice divine.

samedi, janvier 13, 2007

La Mésopotamie - L'origine des Grands Mystères

L'homme, la vie, la mort et la renaissance.

Les premiers voyages initiatiques de l'humanité s'effectuent sous l'égide d'Inanna-Istar, la déesse martiale et voluptueuse.

Elle est à l'origine de nombreux mythes et sa personnalité est exubérante. La déesse sémitique Istar se présente comme une divinité belliqueuse. Elle a annexé la sumérienne Inanna, déesse de l'amour physique, Delebat, déesse de la planète Vénus. Toutes les anciennes déesses se sont effacées devant elle.

Je célèbre la très haute, la plus vaillante des dieux !
Fameux sont ses exploits, ses menées sibyllines,
Elle est toujours à guerroyer et d'une activité déconcertante !
Devant dieux et rois elle " valse ",
De toute sa virilité !
Sceptre royal, trône, couronne lui ont été octroyés,
On lui a remis l'univers ! ( Poème d'Agusaya ).

Le poème le plus édifiant pour illustrer notre sujet :

La Descente d'Inanna aux Enfers

Inanna, qui réside au Ciel, décide de partir pour " en-bas ", l'Enfer, dans le probable dessein de s'agréger un nouveau champ d'influence. Elle aspire à régner également sur le Monde Inférieur et supplanter sa soeur, Ereshkigal, souveraine du monde des Trépassés. Elle quitte un à un tous ses sanctuaires et prend tous ses pouvoirs, réduits symboliquement au nombre de sept, figurés par les sept parures.

" Elle s'équipa des Sept Pouvoirs,
Elle coiffa donc le Turban, Couronne de la steppe,
Se fixa au front les Accroche-coeur,
Empoigna le Module de lazulite;
Disposa élégamment sur sa gorge les Perles couplées;
Se passa aux mains les Bracelets d'or;
Tendit sur sa poitrine le Cache-seins " Homme ! viens ! viens !"
S'enveloppa le corps du pala , Manteau royal,
Et maquilla ses yeux du Fard " Qu'il vienne ! qu'il vienne !"

Avant de partir, elle fait ses recommandations à son assistante, Ninsubur, pour le cas où elle serait malencontreusement retenue en Enfer. Elle devra alarmer tous les dieux, puis elle ira implorer les trois d'entre eux les plus puissants : Enlil, leur roi; Nanna, le père de la déesse; et surtout Enki, le Très Sage, sauveur de bien des situations. Elle devra les mettre en face de leurs responsabilités pour assurer sa prééminence et le caractère indispensable de son rôle ici-bas.

A son arrivée devant la porte de la citadelle infernale, elle réclame avec arrogance d'y être introduite aussitôt, sous le prétexte d'assister aux cérémonies funèbres en l'honneur de l'époux d'Ereskigal. Le portier remplit son office et va annoncer à sa maîtresse la visiteuse dont il décrit le port, la conduite et le voyage. Ereskigal, qui pressent quelque mauvais tour d'Inanna, ordonne qu'on l'introduise par les sept portes successives des remparts concentriques qui défendent le palais des dieux infernaux. Cette entrée par étapes, traduction des Pouvoirs et Règlements particuliers à l'Enfer, s'effectue selon un rituel de dépouillement.

"Et bien ! Inanna, entre !
Et lorsqu'elle eut franchi la première porte,
On lui ôta de la tête le Turban, Couronne de la steppe.
Que signifie ? dit-elle.
Silence, Inanna,
Les Pouvoirs du Monde d'En-Bas sont irréprochables !"

Ainsi, à chaque porte, comme tous les autres nouveaux habitants de l'enfer, on va la dépouiller de ses parures et vêtements, c.a.d. de ses Pouvoirs du Monde d'En-Haut. Elle est de la sorte, matée, vidée de toute autorité et de toute vitalité, conduite par le portier sans résistance devant la reine des Enfers. Le tribunal des Sept Anunna est convoqué pour décider de son sort. Ils l'assignent à demeure en Enfer dans le même état définitif que les autres occupants de ce lieu et Ereskigal la condamne à " demeurer morte " ( ayant perdu tout pouvoir ). Ce n'est plus qu'un cadavre, que l'on suspend à un clou, tel un vêtement, une dépouille.

Passés trois jours et trois nuits, Ninsubur, ne voyant pas revenir sa maîtresse, se met en devoir d'entreprendre les démarches prévues pour la faire libérer. Enlil et Nanna refusent d'intervenir. Ils estiment que la déesse, en voulant s'occuper de " choses interdites ", s'était mise dans son tort. Mais Enki se laisse toucher. Plus intelligent que les autres, il comprend quelle perte irréparable causerait à la marche du Monde la disparition d'Inanna. De plus, il est le seul dont l'ingéniosité soit en mesure de trouver la parade à la situation. De la crasse terreuse qui endeuille ses ongles, il modèle deux personnages qui représentent des invertis/travestis, bien connu dans la tradition mésopotamienne et susceptibles d'être admis dans le palais infernal. Il leur remet les ingrédients propres à ranimer la " morte ", nourriture et breuvage porteurs magiques de vie et il les charge de les appliquer à Inanna pour la remettre sur pied. Les invertis sont futés, comiques, déterminés et baratineurs. Leur nature incertaine leur permit de pénétrer dans la chambre d'Ereskigal, qu'ils trouvent en mal d'enfant, et de jouer les commères venues assister la souveraine. Touchée par leur sollicitude, elle promet de tout faire pour les deux complices. Ils lui font prêter un serment solennel et ils vont demander "plutôt le cadavre suspendu au clou ". Requête insolite, mais que la reine, charmée par ses hôtes et tenue par son serment, ne pourra refuser de satisfaire. Les travestis administrent nourriture et breuvage et ramènent Inanna à la vie.

Mais les magistrats infernaux prescrivent l'indéclinable loi de cet empire : nul ne peut le quitter sans y laisser un remplaçant. Inanna ira donc le chercher sur terre, accompagnée par une bande de démons cruels, impitoyables et incorruptibles. Selon la jurisprudence, le répondant devait être pris dans la famille ou la domesticité du sujet à remplacer. Les démons voulurent d'abord s'emparer de Ninsubur, mais Inanna les retint. La troupe arrive alors près d'Uruk, dans la steppe, un des quartiers principaux d'Inanna. En compagnie de ses bergers, près de sa laiterie, Dumuzi, son amant s'y trouve. Il a l'air parfaitement à l'aise, comme si son amante n'avait jamais disparu, satisfait d'être le souverain unique de la cité. Furieuse de ce comportement, Inanna le livre aux démons pour qu'il aille tenir sa place aux Enfers.

" Inanna porta sur lui un regard : un regard meurtrier
Elle prononça contre lui une parole : une parole furibonde
Elle jeta contre lui un cri : un cri de damnation !
C'est lui ! Emmenez-le ! "

Conscient du caractère inflexible et sans pitié des démons, Dumuzi fond en larmes et implore le frère d'Inanna, Utu, le dieu du Soleil, parce qu'il est juste et juge ( Utu, et son successeur sémitique Samas, était également considéré comme le dieu de la Justice ). Il le supplie de l'aider en le transformant en serpent. Utu l'exauce, il échappe aux démons et s'enfuit. Dumuzi part se cacher chez sa soeur, Gestinanna, laquelle implore en vain Inanna, et s'offre à le remplacer en Enfer. Il fallait un traître pour indiquer aux démons le refuge du malheureux. C'est la Mouche, sorte de " destin" qui joue ce rôle et permet la capture. Alors, Inanna accepte la généreuse proposition de Gestinanna. En conséquence, Dumuzi et Gestinanna passeront chacun alternativement un semestre par an en Enfer. La mort de Dumuzi appelle ainsi une renaissance et la mise en oeuvre d'un Mystère qui consacre la vanité de vouloir nier la réalité fondamentale de la mort.

Il existe d'autres versions de ce Mythe. Nous retiendrons une variante akkadienne, qui date de la fin du IIème millénaire. Il ne s'agit pas d'une traduction de la descente d'Inanna. La descente d'Istar est plus concise, mais apparaissent des éléments que le texte sumérien ignore :

* la description de l'Enfer, "La Demeure d'où ne ressortent jamais ceux qui y sont entrés "
* la supputation par Ereskigal des mobiles d'Istar

"Que me veut-elle ? Qu'a-t-elle encore imaginé ?
Je veux banqueter en personne en compagnie des Anunnaki (Doit-elle se dire)
M'alimenter comme eux de terre, et m'abreuver d'eau trouble
Déplorer le destin des jeunes hommes enlevés à leurs épouses,
Des jeunes femmes arrachées à leurs maris,
Et des bébés expédiés avant leur heure "

* la mise à mal de la déesse par les soixante maladies.
* la malédiction de l'inverti après réussite de sa mission.
* mais le fait le plus marquant, c'est que la disparition d'Istar, n'apparaît plus, comme celle d'Inanna, une affaire de famille entre les dieux. C'est une catastrophe cosmique. Son absence met un terme à l'amour physique et au rut dont elle est la patronne, et bloque ainsi toute possibilité de naissance, donc de production des biens nécessaires aux dieux. "Nul taureau ne montait plus de vache, nul baudet ne fécondait plus d'ânesse, nul homme n'engrossait plus de femme à son gré..".

* C'est pourquoi Papsukkal, inconnu du récit sumérien, intervient pour obtenir la libération de la déesse, grâce à l'intervention d'Ea. Celui-ci crée l'inverti qui égaie Ereskigal et lui soutire un serment. Elle est ainsi tenue à ranimer Istar et à la faire sortir de l'Enfer. Son lieutenant Namtar asperge Istar d'eau vitale, lui fait repasser les sept portes en la revêtant à chacune d'elle des symboles de ses puissances. "Quand il lui fit franchir la septième porte, il lui restitua la Grand-Couronne de sa tête ". Elle repart seule à la recherche de son remplaçant. Ereskigal fait en sorte que Dumuzi/Tammuz se présente à l'aise et épanoui, partageant ainsi avec Istar la responsabilité de la descente de celui-ci aux Enfers.

* Entièrement nouveau aussi, la " remontée " semestrielle de Tammuz. Les versions différentes du Mythe, les additions, les correctifs, semblent avoir pour but sa mise en œuvre liturgique. Il s'agissait, entre autres, d'expliquer le rythme annuel de la vie végétale. Dans ce pays la terre verdoyait les six mois de température modérée, de décembre à juin, puis s'épuisait sous la chaleur estivale. Au mois de Dumuzi / Tammuz ( juin ), on célébrait la mort du dieu et sa descente en Enfer. En Kislim - décembre - on fêtait sa remontée.

Interprétations.

Dans la version sumérienne, Inanna a l'ambition de conquérir le monde de l'Enfer, donc de supprimer la mort. Son échec condamne le roi Dumuzil, mais il devient le fondement d'un Mystère : il devra mourir en été pour renaître en décembre. La mort rituelle d'Inanna, symbolisée par la perte des puissances à chacune des sept portes, est suivie d'une résurrection qui entraîne la mort de Dumuzi et sa renaissance tous les six mois. En conséquence, les hommes doivent accepter l'alternance vie-mort et peuvent espérer un salut après la mort.

La version akkadienne souligne l'importance du hieros gamos Istar / Tammuz dont l'interruption par la mort prend une dimension cosmique avec la disparition imminente de la Vie, la menace du chaos. Ce Mystère, qui s'enrichit après la découverte de l'agriculture, devient le support d'une explication unitaire du monde, de la vie et de l'existence humaine. Il transcende le monde végétal, puisqu'il gouverne également les rythmes cosmiques, la destinée humaine, et les rapports avec les dieux. Les antinomies fondamentales : vie / mort, chaos / cosmos, stérilité / fertilité se résolvent dans ce Mystère qui sera la source d'une liturgie. Les rois de Sumer et plus tard les rois akkadiens, incarnent Dumuzi dans le hieros gamos avec Inanna, ce qui implique l'acceptation de la mort rituelle du roi et les lamentations lors de la descente du jeune dieu aux Enfers, le 18 du mois de Tammuz ( juin-juillet ). Ainsi se célébrait tous les ans la destruction du monde ou son retour à un état pré-cosmogonique, et sa recréation.